En 2001, les trois derniers membres d'origine s'approchent lentement, mais sûrement, de leurs soixante ans. Dont plus de quarante passées au service du hard rock avec
Blue Öyster Cult, ce qui force naturellement le respect. D'un autre côté, l'annonce d'un nouvel album, trois ans après un
Heaven Forbid plutôt réussi et intéressant d'un point de vue heavy, peut laisser dubitatif. En effet, que pouvait-on encore attendre de la part de BÖC après un come-back aussi étonnant ? Que le groupe s'assagisse cette fois-ci et sorte un album de classic rock, une musique à écouter au kilomètre quand on fait de longs trajets en voiture ? Un nouvel album dans l'esprit de
Heaven Forbid ? Ce serait mal connaître le BÖC, qui s'est toujours acharné à ne jamais faire deux fois le même disque...
On retrouve la même équipe que pour le disque précédent, avec
Danny Miranda à la basse et
Bobby Rondinelli à la batterie. Le tandem bicéphale composé de
Donald Roeser et de
Eric Bloom s'est chargé de la production de cet album en prenant soin de ne pas se retrouver avec le même son que pour
Heaven Forbid. Ainsi, la différence de composition saute moins aux oreilles ici, surtout que chacun n'y est pas allé de son morceau, le travail a été le plus souvent réfléchi à deux ou trois, sans compter les interventions de l'écrivain
John Shirley qui a de nouveau participé à l'écriture des paroles sur
Curse Of The Hidden Mirror. Et
Allen Lanier dans l'histoire ? Euh... Ben il joue sur l'album...
Ce qu'il y a de délirant avec
Blue Öyster Cult, si l'on excepte quelques albums parus dans les années 80, c'est que le groupe est toujours resté le même, avec une patte, un style tout de suite identifiable. Que ce soient certaines lignes mélodiques qui sont encrées dans un certain style, une manière d'écrire qui leur est propre, ou la voix si particulière de Bloom qui reste toujours efficace malgré le poids des ans, on sait tout de suite que l'on a affaire avec le BÖC et que le BÖC ne vieillit pas vraiment/ Il fait sa musique avec les moyens actuels et s'en fout comme de l'an 40 de sonner parfois daté avec des claviers qui rappellent l'orgue Hammond, un héritage purement venu des '70 et qui s'insère parfaitement dans les schémas mélodiques, comme sur
On Step Ahead Of The Devil.
Curse Of The Hidden Mirror a pas mal de relents rock'n'roll et groove bien. Il est de fait plus posé que son grand frère et on ne le lui reprochera pas. Blue Öyster a parfois eu du mal à se succéder à lui-même (on a vu le plantage qu'a été
The Revölution By Night après un
Fire Of Unknown Origin de toute beauté), il s'avance parfois dans des contrées plus soft, plus légères, sans pour autant se manquer.
Agents Of Fortune reste l'un des meilleurs exemples, le plus direct, celui qui s'impose de lui-même. Curse... est un peu dans cette optique, mais il lui manque un titre fort, à l'instar de
(Don't Fear) The Reaper pour réellement exploser. Le genre de titre que l'on réussi une fois et que l'on peut juste espérer recopier au mieux... Et certains morceaux se cassant méchamment les dents (
Pocket, Stone Of Love[/i]...) l'album ne peut compter sur les forces individuelles des autres titres pour redresser fièrement le cap (
Eye Of The Hurricane,
Out Of The Darkness,
Dance Of Stilts...).
Les musiciens prennent aussi leur temps pour produire des chansons plus longues, qui leur permettent de poser des ambiances intéressantes, parfois sombres, ou à contrario lumineuses, où la basse vient claquer de façon bien funky... Les soli sont quant à eux, toujours gorgés de feeling, même quarante ans après les débuts du groupe. Et ça, franchement, ça fait plaisir. Bien sûr, ils ne sont pas longs, ils ne vont pas rivaliser de technique avec ceux de
Steve Vai par exemple, mais ils sont juste bien comme il faut pour ce genre de musique.
Blue Öyster Cult est passé à côté d'un album qui aurait pu être magistral et qui aurait été un pied de nez gigantesque à tous ceux qui les avaient déjà enterrés. Malheureusement,
Curse Of The Hidden Mirror est juste un très bon disque et pour un groupe de dinosaures comme le BÖC, ce n'est pas suffisant pour que la presse spécialisé leur laisse beaucoup de place. Bref, les fans seront comblés, les néophytes se feront rares en revanche. Mais le Culte de l'Huître Bleue est loin de s'achever...