La fracture semblait inéluctable. Le différent né de cette impuissance de la part d’un
Angra désemparé de ne jamais véritablement parvenir à s’exprimer parfaitement dans l’équilibre exemplaire et si particulier d’un univers créatif à la fois bercé d’aspects identitaires forts, tribaux, progressifs, ethniques, classiques et à la fois d’aspirations plus âprement Heavy allait bientôt briser, durant un temps, toutes les velléités créative d’
Angra. Fireworks et, le pourtant exceptionnel, Holy Land demeuraient, aux yeux de ses détracteurs les plus farouches, insuffisamment énergique, insuffisamment Heavy pour un monde sclérosé par les caractéristique rugueuses d’un
Angel’s Cry originel qui laissait entrevoir le visage le plus véhément de ces brésiliens. On peut raisonnablement imaginer que ces diverses tendances (et les différents choix artistique singuliers, entendus sur les œuvres distinctes de chacun des acteurs de ce désaccords le laissent à penser) eurent, au sein du groupe, leurs défenseurs et leurs opposants. Dès lors ces dissensions fortes, après un d’énième incessantes déconvenues concernant les aspects bien trop mélodiques d’un Fireworks déroutant, ne pouvaient aboutir qu’à cette rupture. Du moins sont-ce là des supputations fortes probables sur lesquelles l’estampille de ‘‘séparé pour divergences artistique’’ viendra jeter le voile d’une pudeur énigmatique qu’il ne nous appartient pas de transgresser.
Quoiqu’il en soit,
Andre Matos, Luis Mariutti et Ricardo Confessori furent donc sacrifiés aux Dieux païens, avant le temps béni de la résurrection. Cette renaissance, baptisé
Shaman, fait sa première offrande, Ritual, en 2002.
L’entame instrumentale de cette œuvre a les délicieux parfums de ces promesses de voyages, grandes voiles déployées, en terres inconnues. Tantôt ethnique, tantôt grandiloquente, tantôt plus intimiste elle laisse pressentir le serment d’une errance dont les senteurs familières nous rappellent les remarquables souvenirs laissé par un superbe Holy Land. Les réminiscences de ces exquises pensées tournées vers un antique passé sont brutalement interrompu par les ardeurs du riff éminemment Heavy de l’excellent Here I Am. Le titre, dans une harmonie parfaite, laissent s’entremêler diverses constructions nous offrant la
quintessence des talents de ce compositeur. Son Break, aux pianos subtils et admirable, enchevêtré au sein de tant de ambitions ardentes témoignent des capacités hors normes de l’artiste.
Exposer le récit de ce périple reviendrait à décrire, dans une longue litanie lyrique, la totalité de ces titres dont l’ensemble est l’histoire d’une pérégrination très personnelle. Ce qu’il convient, tout de même, d’évoquer c’est la filiation étroite et évidente qui existe entre ce Ritual et entre Holy Land. L’œuvre de
Shaman est celui qu’
Angra aurait mérité de sortir en lieu et place de Fireworks. En effet, dans l’immédiate continuité de son emphase, de sa musicalité, de son aspect culturel particulier, de sa musique Heavy ethnique subrepticement Progressive, Ritual est une réussite incontestable. Et les seuls différences qui opposent ces deux albums résident dans l’aspect incroyablement plus âpre de ce Ritual. Le Graal de cette stabilité artistique entre les désirs les plus variés d’
Angra est finalement atteint par
Shaman.
Les paysages de cette expédition sont somptueux, et ce des sublimes Here I Am, Distant Thunder, Time Will Come au plus tribal For Tommorrow, dont le propos introductif aux flûtes de pan nous mène dans les terres de braises, en passant par le grandiose Fairy Tale dont l’entame aux chœurs religieux et les mélodies, plus, symphoniques mêlés à la douceur de certaines harmonies offre une atmosphère subtile à ce titre, mais aussi en s’égarant dans le Heavy/Speed certes plus traditionnel mais non moins exemplaire d’un Pride ou Tobias Sammet vient prêter main forte à Andre.
Ritual demeure donc une œuvre à l’exemplarité infaillible. Proposant une musique où, dans une formidable osmose, s’unisse les désirs les plus divers de ces brésiliens ; il nous en offre l’aboutissement, à ce jour, le plus exceptionnel de leurs talents. Tant de mots encore devraient être dit, mais seul le silence respectueux s’impose. Un silence, bien évidemment, propice à l’écoute des dix titres de cet opus