Puisque, apparemment, livrer aux flammes de l’opprobre de la vindicte populaire ceux qu’autrefois nous avons adulés est une méthode normale et admise ; jetons aujourd’hui notre dévolu sur Andre Matos.
Il n’est, selon moi, pas absolument nécessaire de développer tous les détails des ces périples tumultueux qui le firent abandonner le navire
Angra, puis le navire Shaman, pour, enfin, loin des bruits exaltés de ces révolutions qu’il engendra, décider d’accoster sur de paisibles îles et de rebaptiser ces terres de son propre nom.
Si le territoire peut apparaitre comme énigmatique, il ne l’est pas réellement. Nous sommes bien en contrées connues et Andre Matos, en guerrier subtils, défend ses provinces à la tête de troupes dont nul ne peut ignorer le redoutable talent. Si les hommes sont indéniablement adroits, ils n’ont plus réellement cette capacité délicieuse à nous surprendre et à composer autre chose qu’un Power Metal, certes, complètement maitrisé, mais aussi presque totalement prévisible.
Ainsi passé les plaisirs certains de morceaux vraiment captivant tels que le classique et véloce Letting Go, dans lequel Andre excelle, mais aussi d’un bon Rio, ou encore d’un intéressant Remember Why, les musiciens brésiliens s’enferment dans un traditionalisme qui leur est, certes, habilement caractéristiques, mais dont il ne peut résulter, invariablement, qu’une musique s’inscrivant dans un schéma stéréotypé rituel. En outres, exception faites d'un excellent How Long (
Unleashed Away), aux propos Heavy, globalement, très semblable à
Iron Maiden, d'un très bon Endeavour énergique et rapide, et de ceux déjà citées, le reste des titres se complait donc dans une certaine facilité très embarrassante. Si le sentiment amer qui en résulte peut-être pondéré par le talent de ces musiciens aguerris qui nous offrent un spectacle tout juste bon, il est aussi alourdis par cette désillusion né de ce que l'on pourrait imaginer provenant de ce même talent. En d’autre terme cet œuvre est, dans l’ensemble, correct mais nettement insuffisante au su des capacités incroyable de ces artistes.
Au chapitre de ces déceptions, citons les très familiers Time To Be Free, aux refrains un peu trop évident ou encore le pénible A New Moonlight, variation librement inspiré par la sonate au clair de lune, de Beethoven, qui, avec ces mélodies classiques, notamment au piano, nous offrent de jolies moments, et particulièrement le break final, mais aussi d’autres instants d’un ennui achevé à partir desquels un tel exercice apparait comme démonstratif et sans grand intérêt.
Ajoutons encore que si l’œuvre est indéniablement Heavy, elle possède, aussi, tout le charme de ce Power brésilien enfanté par
Angra. Les percussions, volontairement sous-mixées pour les rendre plus succinctes et plus évoquées qu’immédiates, mais aussi une certaine emphase orchestrale classique, sont donc présentes. Si ces élément enrichissent ce Time To Be Free, ils ne parviennent pas à nous sortir de cette torpeur née de l'ensemble des défauts d’un album trop long et dont nombre de titres apparaissent comme « interchangeables ». L’inspiration qui leur donna vie est, selon moi, bien en deçà des exceptionnelles capacités de composition dont fit preuve Andre par le passé. Cette défaillance créative font indiscutablement perdre, à cet opus, cette intensité indispensable à tenir l’auditoire intéressé.
Time To Be Free possède, au final, de nombreuses qualités alourdis par de trop nombreux défauts pour devenir indispensable. Il demeure, cependant, un album tout à fait appréciable pour peu que l’auditeur parvienne, un tant soit peu, à oublier d’une part le passé magistral de son virtuose de chanteur ; et d’autre part le conservatisme brésilien monotone dans lequel ce disque évolue parfois. Des obstacles pas forcément simples à franchir.