Avec Sumerian Cry, Treblinka - ou plutôt ce qu'il en restait - est devenu
Tiamat et le black metal a laissé place à un death plutôt bas du front, quelconque, sans envergure. Bref, dès le premier album, beaucoup ont vu le groupe se mettre dans une voie de garage et certains estimaient que sa durée de vie n'égalerait même pas celle de Treblinka.
Aussi,
The Astral Sleep est une surprise en soi. Parce le groupe a évolué, parce que pour la première fois, on a dans l'idée que le combo peut avoir un futur, on peut même imaginer à quoi il pourrait ressembler. Hellslaughter a rencardé ce pseudo au vestiaire,
Johan Edlung retrouve son nom de baptême (!) et avec lui, la musique de
Tiamat devient plus policée, les angles sont arrondis, on y discerne même une certaine finesse d'écriture.
Musicalement, le style s'affine. Le death s'estompe un peu pour laisser place à des relents doom et des parties plus atmosphériques. L'instrumentale d'introduction a été nommée
Neo Aeon, ce n'est pas innocent. Edlung a fait peau neuve et son style opère également une mue.
Mountain Of Doom est la première (bonne) surprise de ce disque. Si la voix reste rude, l'ensemble se veut bien plus mélodique et éthéré, les parties instrumentales se retrouvant allégées par un clavier aérien. Derrière, le groupe construit, façonne. On est surpris par une accélération groovy, on se laisse guider par ce rythme lent, planant, souvent au bord de la rupture qui le pousserait dans une débauche de violence. Une frontière qui ne sera pas franchie sur ce titre, même pas durant un solo plus relevé, hypnotique.
Et très vite, il apparait que les titres qui lorgnent de ce côté sont plus aboutis.
On Golden Wings suit le même chemin, sans arriver au même résultat. A dire vrai,
Mountain Of doom serait le morceau à retenir absolument de cette galette. Quand
Tiamat se fait plus virulent, il en devient paradoxalement plus insignifiant. Les débauches de violence d'un
Sumerian Cry (Part III) laissent de marbre, les relents black de
I Am The King (... Of Dreams) ne sont pas déplaisants vu qu'ils sortent ce titre d'un trou béant d'ennui.
Tiamat (ou plutôt Edlung, tyran en chef du groupe) se cherche un style et il est encore loin de taper dans le mille, même s'il fait un premier pas engageant vers ce qui fera son succès. Pour le moment, l'ensemble est encore maladroit. On note ça et là un clavier qui n'ose pas s'exprimer et qui s'enferme dans une bulle sécurisante de déjà-vu, le chant manque encore de finesse et si les mélodies sont mieux pensées et, plus simplement, existantes, elles se heurtent encore à des passages où elles perdent le droit de parole.
The Astral Sleep est un album qui aurait pu gagner à être plus éthéré. Edlung n'était pas encore prêt à aller jusqu'au bout de sa démarche et cela s'entend. Un disque timide en somme, qui servira de terreau pour le plus réussi Clouds. Pour ceux qui ne connaissent le groupe qu'à partir de A Deeper King Of Slumber ou de Wildhoney peuvent toutefois jeter une oreille sur cet album, qui risque fort de les surprendre et peut-être même, de les séduire.