Avec le recul, il est facile de dire que
Kiss est certainement l'un des groupes de hard rock parmi les plus surestimés de tous les temps. Il ne faut pas avoir peur des mots, ni de sortir les grandes phrases. Le Big Bisou ressemble à un espèce de supercherie musicale dont le succès reste une énigme. Ah non, pas tout fait, le succès est arrivé avec Alive ! un album live un brin trafiqué qui donnait une pêche monstrueuse aux compositions des new-yorkais, qui, admettons-le sincèrement, ont toujours été des tueurs sur scène. Et après Alive !, un regard différent a été porté aux réalisations studio le précédent, les plaçant au range de classiques et de grands disques. Ce qui est un poil exagéré, voire carrément exagéré.
Prenons ce
Dressed To Kill à la pochette gentiment ridicule. Le disque en lui-même est bien gentil, peinant à atteindre la demi-heure de musique et proposant un hard rock simple et assez dépouillé si on ne gratte pas trop. Mais il n'a rien d'un chef d'oeuvre, et le public américain ne s'était pas franchement trompé à sa sortie en laissant les deux singles de l'opus,
C'mon And Love Me et
Rock And Roll All Nite, se gaufrer dans les charts. A cette époque, la concurrence était déjà rude et
Kiss, dont le principal argument était visuel (le maquillage), ne se démarquait en rien sur vinyle.
Alors bien sûr, depuis,
Rock And Roll All Nite est devenu un classique absolu pour
Kiss qui achève systématiquement ses concerts dessus, mais si le single n'était pas ressorti en version live pour promouvoir Alive ! en aurait-il été de même ? Mystère...
Pour
Dressed To Kill,
Kiss avait repensé sa recette. Ce que les kids voulaient, c'étaient des hymnes, pleins d'entrains, funs et délirant, des tubes pour faire la fête sans discontinuer. En optant pour des titres courts, le groupe peine à remplir un album pour une durée honnête, mais il s'est grandement appliqué sur les refrains qui restent immédiatement en tête, comme ce
Rock And Roll All Nite justement, répété à l'écœurement sur scène et qui clôture déjà le disque de façon plutôt jouissive. Couplets vides, mais refrain tout simplement bonnard, destiné à être repris en coeur par une foule en délire.
Ensuite, il est vrai que l'approche plus rock'n'roll de cet album par rapport à
Hotter Than Hell donne rapidement l'impression de tourner en rond, en se complaisant dans des mid tempos un peu heavy dans le son, parfois lourds dans la forme (
Two Timer,
Anything For My Baby...). On notera cependant que souvent les titres, qui seraient d'un classicisme sans faille, sont souvent sauvés de leur état stationnaire par une rythmique accrocheuse, nerveuse, signée
Peter Criss et des interventions à la lead de
Ace Frheley qui se fait assez discret sur ce disque au niveau de la composition, lui qui a tendance à apporter de la puissance aux chansons du Bisou.
D'autres titres sortent bien sûr du lot. On ne va pas tout résumer à
Rock And Roll All Nite qui reste le tube en puissance de
Dressed To Kill. On peut citer
C'mon And Love Me, l'autre single, qui est l'archétype du morceau à la
Paul Stanley classique, ou encore
She ou
Rock Bottom qui ne démarre réellement qu'après une longue introduction tout en délicatesse. Mais sinon ? Pas de quoi casser trois pattes à un canard transgénique. La concurrence à cette époque, comme dit, était rude et tous les rivaux directs ont fait mieux, bien mieux que les quatre peinturlurés, comme
Aerosmith avec son
Toys In The Attic ou
Alice Cooper avec son
Welcome To My Nightmare...
Dressed To Kill ne sera certifié disque d'or qu'en 1977. Pas vraiment étonnant. Et Casablanca, au bord de la faillite, se servira de la tournée en support de ce disque pour sortir sa dernière carte, l'album Alive ! qui créera tant de vocations aux USA... demandez aux mecs d'
Anthrax ce qu'ils en pensent... Un bon album, mais de là à rentrer dans la légende...