Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Heaven Forbid

Chronique de Heaven Forbid

Blue Öyster Cult  - Heaven Forbid (Album)

 7 
10

Purgatoire doré



Dix ans. Cela faisait dix ans que Blue Öyster Cult n'avait plus sorti d'album, autant dire une éternité. Imaginez, entre 1988 et 1998, tous les genres qui ont connu leur heure de gloire, rien que dans le domaine du metal... Entre le death qui avait relégué le thrash aux oubliettes par sa virulence, le grunge qui avait écarté le hard US avec son pessimisme, le black metal qui donnait un coup de pied avec son nihilisme, le true metal qui adressait un medius au grunge avec ses hymens pompés sur Helloween... Bref, des cycles, des boucles, ce que vous voulez. Mais rien qui ne laissait entendre que Blue Öyster Cult, qui n'avait pas splitté, pouvait refaire surface. Qui s'en souciait encore, sinon une poignée d'irréductible pour qui ce groupe n'était pas un simple nom sur une compile ou le groupe qui pondait des trucs bizarres dans les années 70 ? Voilà où en était ramené une légende du hard rock et par extension du heavy metal. Etre un souvenir pour certains, un groupe culte pour d'autres.

Quand Heaven Forbid est sorti en 1998 (non, ta gueule, on s'en fout du "et un et deux et trois zéro"), avec ses deux pochettes, l'une angélique et l'autre ténébreuse, Blue Öyster Cult a vite été classé dans le classic rock, un peu comme Uriah Heep et les magasins soi-disant spécialisés ont vite déménagé le groupe de place, du rayon hard rock à celui du rock. Oui, le terme important de la phrase précédente est soi-disant.

Pourtant, le BÖC reste le BÖC, même s'il a été amputé de deux de ses têtes pensantes, les frères Bouchard. Des membres d'origine, il ne reste plus que Eric Bloom, Donald Roeser et Allen Lanier, des personnages emblématiques, mais qui n'ont pas forcément la classe et la qualité d'écriture de Joe et Albert Bouchard. Pas de quoi rassurer de premier abord, mais les musiciens restant n'ont pas oublié une chose : le groupe a souvent reposé sur l'opposition de style entre Bloom et Roeser, la confrontation de l'ange blanc et de l'ange noir, deux conceptions radicalement différentes de la musique et tellement complémentaire au sein du BÖC ! Il suffit de regarder les crédits pour savoir selon les interventions de Bloom si un titre va sonner heavy ou non. Même si Roeser, petit chenapan ! peut également créer la surprise.

D'ailleurs, au sujet des crédits, on remarque que Blue Öyster Cult a encore très bien su s'entourer. Sur presque toutes les chansons on peut voir le nom de John Shirley associé. Ce dernier est un écrivain et scénariste de comics (Hellblazer, Dracula In Love) plutôt bien côté outre-Atlantique et qui continue la longue série de collaborations extra-musicales du BÖC, un groupe qui a souvent eu des textes quatre étoiles luxe.

Et personne ne se soucie des modes. Heaven Forbid sonne comme un album de Blue Öyster Cult. Comme si Club Ninja et Imaginos n'avaient été que des étapes parmi d'autres, que le groupe avait continué à sortir des albums, en se mettant à jour des évolutions de la production. On ne peut tout simplement pas croire que dix années sont passées sans qu'on ait eu à gober une huître bleue.

Et le fait que BÖC ne tente pas de coller à son époque lui donne une chaleur particulière. Capable de sonner très moderne grâce à une production aux petits oignons (Roeser a pris haut la main la succession de Sandy Pearlman en accentuant le son des guitares) tout en conservant une patte très '70 retrouvée (et qui faisait atrocement défaut sur certains opus formatés des '80, où la créativité propre à la décennie précédente était presque une insulte...). Ainsi, Damaged est un petit bijou, signé Roeser, qui passe allègrement de rythmes funky à des sons bien plus metal, dopés par un orgue Hammond d'un autre temps, mais ô combien essentiel et agréable ici.

Heaven Forbid comblera les fans du BÖC. Ceux qui apprécient la touche d'obscurité de Bloom seront en transe sur les heavy See You In Black (une claque comme le BÖC n'en avait plus infligé depuis Heavy Metal, The Black And Silver), Power Underneath Dispair ou encore Cold Gray Light Of Dawn, même si Roeser ne se montre pas en reste avec Still Burnin', suite logique de Burnin' For You, avec sa double grosse caisse savoureuse. Mais les inconditionnels de l'ange blanc retrouveront son style plus léger, plus "californien" sur des morceaux comme Harvest Moon ou encore Live For Me. En revanche, on peut légitimement se demander pourquoi avoir terminé ce disque sur une version live de In Thee, un titre extrait de Mirrors.

Avec cet album, Blue Öyster Cult réalise un come back unanimement salué, même s'il a tout de même perdu de son côté imprévisible et surtout, difficile d'accès. Mais pouvait-il en être autrement avec un groupe amputé de deux de ses membres les plus influents et d'un producteur qui les a suivi sur presque toute leur carrière ? Il faut accepter que le BÖC d'antan n'existe plus. Qu'il est devenu une nouvelle entité, encore capable de nous pondre un très bon album, plus de trente ans après la première monture du groupe. Et ça, ça mérite le respect.



Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires


encore une fois, je ne peux qu'adhérer et applaudir des deux mains la qualité de ton analyse....Respect.
mar. 2 mars 10- 10:22  


Heaven Forbid - Infos

Voir la discographie de Blue Öyster Cult
Infos de Heaven Forbid
Table './nanoroux_bdd/images' is marked as crashed and should be repaired