En moins d'un an,
Led Zeppelin avait déjà sorti deux disques qui avaient considérablement changé la face du monde musical. Le premier dévoilait le hard rock, dont les racines profondes étaient clairement désignées comme étant le blues, la musique afro-américaine, la musique de l'espoir et des tragédies. Le second montrait comment ce nouveau genre, ce rock dur, pouvait muer vers quelque chose de plus violent encore, de plus lourd. Il aurait donc été logique que
Led Zeppelin III soit gravement plombé, qu'au dirigeable gonflé à l'hélium soit placé un revêtement de metal lourd qui aurait peut-être pu le précipiter au sol, alors que déjà dans l'ombre s'activaient des groupes qui allaient reprendre le flambeau de cette musique heavy et rock à la fois, toujours en s'inspirant énormément, du blues. Le blues, origine de tant de musiques, de tant de genres...
Et contre toute attente,
Led Zeppelin se réinvente encore une fois. La progression n'est pas du tout logique. Et surtout, les musiciens vont introduire une musique plus "blanche" dans leurs composition, du folk, qui va vraiment redessiner toute l'ossature du Zeppelin, qui va lui apporter une certaine forme de légèreté sur certains passages, même si les acquis des deux premiers opus sont toujours bien présents.
Aussi, il n'est pas inconcevable de trouver un pur titre de hard rock en ouverture. Un morceau tout à fait dans le style rythmé et agressif de
Led Zeppelin, avec un
Robert Plant qui en impose derrière le micro, entre un chant grave et ses cris habituels, étrangement stridents, mais qui électrisent plutôt qu'ils ne révulsent. L'ange blond dégage énormément de sexualité et croyez-moi, c'est gênant de le dire quand on est un homme (et que voilà, quoi, le langage de la musique n'est pas une excuse en soi...).
Immigrant Song, avec ses paroles hilarantes (la conquête de l'Angleterre par les Normands revue et corrigée par Plant, ça a quelque chose d'irrésistible), a les épaules suffisamment larges pour faire figure de classique immédiat. Un de plus, direz-vous. Mais c'est ô combien méritoire vu l'énergie dégagé le long de ces deux petites minutes, avec une basse imposante (on l'oublie souvent, mais
John Paul Jones est l'un des grands artisans du succès du groupe, de par son jeu et ses idées novatrices) et une guitare de feu.
Mais dès le titre suivant, on remarque que
Jimmy Page s'intéresse beaucoup à la guitare acoustique et que les thèmes folks lui plaisent énormément.
Friends est une chanson calme, portée par une mélodie légère et lumineuse, où l'on se retrouve dans un monde à part, plus léger, sautillant, qui donne une furieuse envie de danser. Est-ce parce que le groupe a enregistré cet album en partie à Bron-Y-Aur dans le Pays de Galles que ce disque de Led Zep' se teinte de telles mélodies ? D'une approche plus douce de la musique, avec une ambiance que l'on imaginerait bien pour une fête médiévale ou pour une soirée éthylique et éthérée dans un pub perdu dans la nature, non loin de la Mersey ?
Il n'y aura pas franchement d'ambivalence entre l'électrique et l'acoustique. C'est la forme la plus pure de la musique qui remporte un non match. Page a décidé de faire un album plus organique et il le fait, avec la complicité des autres membres, pour la plus grande joie des fans qui découvrent là un album qui tranche littéralement avec les deux précédents, malgré des accroches parfois similaires, des thèmes communs qui font que l'on sait que c'est bien un album du dirigeable et qu'ici, le pied est graduel, on ne le prend pas une fois de temps en temps, c'est comme un long orgasme qui met du temps à venir, mais qui jaillit d'un coup, puissant, avec force...
Les passages folks se font donc nombreux, des balades sensibles qui ne laissent pas indifférent. Difficile de résister à la montée en puissance à la mandoline d'un titre comme
Gallows Pole, difficile de rester de marbre face à l'enchaînement de
Tangerine et de
That's The Way, deux chansons délicates, à fleur de peau, où nous sommes ballotés dans un tourbillon de sentiments divers et forts, qui nous prennent à la gorge en même temps que la voix de Plant nous transperce de ses intonations cristallines.
Mais n'allez pas croire que les titres électrique sont de simples faire valoir.
Celebration Day est le titre idéal pour se mettre en forme le matin, avec son rythme joyeux et sa folie sous-jacente, tandis que
Since I've Been Loving You est le morceau qu'on ne peut pas rater. Le blues ultime, la balade qui fait mal, qui transporte loin, très loin... Une fois de plus, la sexualité de Robert Plant éclabousse le titre et il est difficile de lui résister (je sais, je sais...), tandis que la guitare de Jimmy Page hurle à l'unisson. Impossible de passer à côté de cette baffe magistrale, la chanson est tout simplement parfaite, aucune de ses sept minutes n'est de trop et dire que
Stairway To Heaven lui ravira la distinction de morceau le plus emblématique de
Led Zeppelin...
Troisième album pour le dirigeable et cette fois-ci, on s'approche nettement du chef d'oeuvre. Le fait que ce disque soit très acoustique le rend parfois difficile d'accès, mais il demeure la première valeur sure d'un groupe qui aura donné un grand coup de pied dans la fourmilière du rock. Et qui ici, défait déjà les codes qu'il a établi sur ses deux premiers efforts. Tout simplement monstrueux.