Au-delà du patronyme purement provocateur des Bulgares, il se cache derrière la musique d’
A. Art une certaine aura à la fois mystique et envoûtante.
Loin d’un Raw Black de pacotilles,
A. Art évolue dans les sphères d’un Black atmosphérique dont les portes ont été ouvertes des années plus tôt par un certain
Burzum et dont
Drudkh avait pris le relais pour asseoir la réputation de la scène de l’est. Et si
A. Art ne se contente pas de s’inspirer uniquement de ces groupes pour agrémenter son art, le pur esprit underground est bel et bien là !
Tout au long de ces sept hymnes épiques,
A. Art nous embarque dans des paysages perdus de sa Bulgarie natale, ce pays qui est si cher aux yeux des deux esprits désespérés qui forment le groupe. Un pays avec une histoire forte, une identité marquée, mais bien souvent oublié au milieu d'une mondialisation à outrance qui n'a d'intérêt que pour les pays riches.
En orientant les guitares dans une vague atmosphérique qui se lie en symbiose avec des nappes de claviers inspirées et oniriques, les Bulgares s’imposent par leur créativité, brillent par leur ingéniosité. Un chant désespéré vient par moment déchirer ce paysage enchanteur et froid. Le chant est tellement froid et haineux qu’il fait parfois penser à
Aaskereia, voire même au chant de
Mortifera sur
Vastiia Tenebrd Mortifera. Un chant déchirant, inhumain et qui transpire le désespoir… Ainsi combinés, les instruments et ce chant donnent à la musique une dimension plus occulte et ténébreuse. A la fois lent et hypnotique, l’art des Bulgare semble habité par cette folie démoniaque et psychotique qui lui confèrent des sentiments à la fois de peur et de mélancolie. Une sorte de réminiscence des temps anciens, une modernité que
A. Art voudrait voir annihilée pour prouver la grandeur de son pays.
L’œuvre est prenante, non déniée de mélodies (
Искърско Хоро) et comme le groupe a plus choisi les voies aigus de son art, on ne sombre pas dans un Black Atmo entendu milles fois.
La présence de quelques passages acoustiques vient se greffer à merveille au beau milieu de ce Black Metal hypnotique pour un résultat plus que réussi. Les aspects à la fois rêveurs et désabusés sont ainsi accentuées mais avec un talent qui permet au groupe de ne jamais tomber dans la parodie de lui-même, sans tomber dans le folk Black ou autre. Non
A. Art n’est pas un nouveau venu sur la scène underground et sa musique parle d’elle-même. On sent une grande maturité derrière chaque compo, et la prod, bien que fidèle à une certaine éthique underground n’entache en rien la qualité de ce nouvel opus. Et même, ce petit côté parfois hésitant au niveau du son fait tout le charme de ce
...И Берем Плодовете На Нашето Неха.
Au final, on tient avec ce nouvel opus une œuvre aux allures voyageuses à la fois épique, poignante, chargée en sentiments, et pourtant, terriblement sombre…
Un disque qui trouvera son public auprès d’un auditoire restreint, certes, mais qui sera sans doute incontournable dans le monde fermé de l’underground.