Quand on se penche un peu sur les goûts des musiciens, en règle générale, on est parfois étonné de ce qu'ils jouent. Prenons les gars de
Dimmu Borgir, ils raffolent de combos comme Accept et se complaisent dans le black symphonique sans autre forme de procès. C'est étonnant pour certain, logique pour d'autres : les influences sont digérées. On peut dire la même chose des membres de
Amon Sethis, qui, sur leurs CV indiquent pour la plupart un intérêt pour les formations neoclassiques, du type Malmsteen,
Adagio ou
Symphony X. Et pourtant, si on retrouve la facette prog de ces derniers, nous sommes loin de nous retrouver avec du Bach, du Vivaldi ou du Prokofiev à chaque solo, à chaque ligne mélodique.
Amon Sethis est même du genre à brouiller les pistes sans trop d'état d'âmes. Ce qui frappe d'entrée de jeu, sur cet EP trois titres, c'est la volonté affichée de faire dans la noirceur. Certes, le concept à la base n'est pas des plus joyeux, vu que ça parle de trahison, de magie noir, de soif du pouvoir et de prophétie sombre et démoniaque. Toutes les intrigues de l'Ancienne Egypte, les scandales, les meurtres alimentent les textes et l'idée générale, les légendes obscures et la riche mythologie des Egyptiens fait le reste. Et on ne peut invoquer
Seth sans évoquer le Mal. Les deux sont indissociable, l'assassin d'Osiris étant foncièrement avide de gloire et de domination.
Musicalement, si l'on s'attarde sur la base, sans les divers ajouts, nous avons droit à un metal progressif sans grande originalité, mais bien exécuté, avec une rythmique féroce qui permet à la guitare de
Olivier Billoint de s'illustrer dans un style proche de
Dream Theater pour la succession des notes, mais en définitive, l'ensemble est bien moins démonstratif que ce que propose le Théâtre des Rêves et se rapproche plus dans l'idée du progressif d'un
Beyond Twilight, où le but est de créer une ambiance avant d'en mettre plein la vue. Jusque là, pas de problème, il y a de quoi passer un bon moment, mais pas franchement l'envie de se taper le cul par terre en hurlant le nom de
Seth comme une supplique désespérée.
Puis il y a tous les à-côtés. Ce qui fait qu'un morceau passe du titre sympa mais sans plus à la bonne petite dérouillée des familles. Et là,
Amon Sethis s'entoure bien, faisant appel à des connaissances pour apporter du relief aux compositions, comme les passages de
Emmanuelson (
Ellipsis),
Eric Bevilacqua (Chemical Wedding) ou encore
Sofian Mejri (Mango Gadzi) derrière le micro, où les tessitures des voix font que les titres deviennent subitement plus heavy, connaissent une orientation plus extrême qui est loin d'être déplaisante : une voix d'écorché vif correspond à l'idée développée par le groupe et d'un point vue strictement musical, ça prend rapidement des proportions titanesques, avec relents death et montée en puissance terriblement organique.
Beaucoup resteront en revanche dubitatif sur le long (10 minutes !) et planant
The Legend Of The Seventh Dynasty qui est en fait un monologue qui raconte l'histoire générale de
Amon Sethis. Cela peut devenir monotone sur la longueur, le mélange clavier/voix n'étant pas forcément ce qu'il y a de plus intéressant. Pourtant, même sur un exercice aussi périlleux, la formation s'en sort plutôt bien, en sachant faire ressortir l'intensité dramatique du concept. Mais il est compréhensible de la zapper au fil des écoutes.
Difficile de jauger un groupe sur deux morceaux et une déclamation un peu sinistre. Mais
Amon Sethis attire clairement l'attention de l'auditeur. Le projet doit certainement prendre de l'ampleur sur la longueur et nul doute que le premier album risque fort d'être un sérieux coup de poker pour les Grenoblois. Là, on a envie de dire que tout se passera bien et c'est confiant que l'on se met dans l'attente. L'EP forme une carte de visite intéressante qui laisse présager des lendemains prometteurs.