Fragments Of Time est le troisième album des Stéphanois de
Weirdland. Et si sa pochette ne passe pas inaperçue (parce que trop chargée et dans un trip très proche du prog' des années 70, dans un schéma halluciné qu'un combo fou comme
Hawkwind ne renierait certainement pas), la musique qu'il contient peut, quant à elle, ne pas faire de vagues au sein d'un public metal parfois très inconsistant qui aime les repères bien définis.
Parce que
Weirdland est une formation qui a connu un certain âge d'or et qui a tiré son inspiration des groupes qui avaient fait de cette époque un eldorado du genre. On trouve de nombreuses références old school dans les compositions de la bande à
Thierry Ventura (basse), très '80, dans une formule épique intéressante, quelque part entre
Manilla Road et des formations plus progressives comme
Dream Theater. De la grande référence, d'un côté comme de l'autre.
Weirdland développe un heavy metal épique, teinté de parties progs, qui s'insèrent parfaitement dans de longues pièces qui laissent place à des parties instrumentales relevées.
On reprochera toutefois une production un peu faiblarde qui fait parfois ressortir la batterie comme une espèce de bruit de fond quand la rythmique est trop appuyée, on ne discerne pas le son des fûts martelés, juste une espèce de bourdonnement un peu désagréable. Un point noir, donc, surtout qu'il y a de quoi se mordre les lèvres de dépit quand on constate que les lignes du guitares sont quant à elle explosives et bien mises en avant.
Mais ne nous focalisons pas sur de tels détails (d'accord, c'est un détail un peu plus embêtant qu'une pochette surréaliste, soit...) pour se concentrer sur le principal : les chansons. Parce que là,
Weirdland fait parler son expérience et fait évoluer sa musique, en s'écartant du son à l'"allemande" qui caractérisait
Weavers Of Fate pour quelque chose de plus élaboré. L'intrusion du clavier peut être parfois un peu maladroite (et pour le coup, grandement old school dans son aspect comme sur
The Last Of The Dragonmen), mais il vient aussi apporter un plus sur certaines compositions, du contraste et un aspect plus symphonique comme sur l'excellent
Ran, Goddess Of The Sea, aux breaks assassins, mêlés à une espèce de brutalité rare dans le domaine du heavy metal. Epique, doté d'un solo à rallonge qui ne devient jamais chiant, ce titre se présente comme l'un des plus intéressants de la galette, sinon le meilleur.
Weirdland aime d'ailleurs s'épancher sur de longs morceaux, sans pour autant se montrer grandiloquent, encore moins vanité. Le groupe est intègre, il joue la musique qui lui plait et c'est une évidence. Il y a du plaisir derrière les sept compositions (dont deux très courts instrumentaux), la longueur des durées affichées n'est pas de l'arrogance, juste de l'envie, de la passion et tout de même une part de talent, l'écriture étant plus que correcte.
Le problème de
Weirdland, c'est qu'il n'attirera qu'une petite faction du public. Et pourtant, avec une meilleure prod, une distribution plus large, il est possible que le groupe s'impose sur l'ensemble du territoire, il suffit de voir le plébiscite qui a suivi la sortie du dernier album de
Nightmare. Les deux groupes boxent presque au même niveau après tout. Bref, une formation bien sympathique, à soutenir absolument, parce que le potentiel est là et bien là.