Youthanasia n'avait pas fait que des heureux au sein des fans de
Megadeth. Bien sûr, le disque a été un succès commercial, avec ses morceaux de heavy metal bien calibrés, trop peut-être, propulsé en France grâce à la ballade
A Tout le Monde. Deux ans plus tard, alors que tout le monde attendait un nouvel album de
Megadeth,
Dave Mustaine annonce qu'il monte un projet avec
Jimmy DeGrasso (
Suicidal Tendencies) à la batterie,
Kelly LeMieux à la basse et surtout, une ancienne gloire du punk US,
Lee Ving au chant, pour un album profondément roots et plus violent que ce à quoi la Megamort avait proposé ces dernières années.
Ce projet, c'est
MD. 45, dont le nom est une espèce de jeu contenant une astuce née d'une erreur (amis lecteurs, à vous de jouer !) et l'album, The Craving, parait durant l'été 1996, avec sa pochette aux couleurs un peu dégueulasse, et terriblement énigmatique avec le type au visage recouvert d'un sac de toile.
Le but était de revenir à une musique plus directe, donc, histoire de faire plaisir aux fans. Mais il est possible de voir le début du déclin de Mustaine, et par extension, de
Megadeth dans ce disque. En effet, le rouquin au caractère bien trempé se déchire sur une dizaine de titres aux relents punk rock et thrash qui cohabitent tant bien que mal, et il y rajoute un morceau qui devait à l'origine servir pour
Megadeth,
The Creed. Et ça ne le fait pas franchement en définitive. On peut incriminer la voix de Lee Ving, qui est plutôt monocorde, mais il correspond bien à l'esprit vindicatif développé par l'album. Non, ce qui choque, c'est le peu d'inspiration qui règne sur la galette. On passera rapidement sur la section rythmique qui est énorme (DeGrasso, on l'oubli souvent, est un batteur tout simplement monstrueux) pour se baser sur les lignes de guitares qui se cherchent. Entre une volonté de thrasher comme dans les années 80 et de profiter d'un certain groove pour sonner plus rock dans l'esprit (
The Creed), il n'y a pas de juste milieu. Les riffs basiques s'empilent les uns sur les autres, certains morceaux sont sauvés par le sens du break de DeGrasso. Et comme diraient certains, un solo, ça gâche complètement l'esprit punk de certains titres.
Bien sûr, dire que tout est à jeter serait mentir. Mais il y a de quoi est fortement déçu. Avec un tel line-up, après une carrière bien replie, on pouvait s'attendre à autre chose que cette amorce de déclin. On appréciera
Hell's Motel ou les punky
Fight Hate et
Voices, mais on ne pourra que rester dubitatif face à ce
The Creed initialement prévu pour
Megadeth et qui ne correspond pas du tout à l'idée que l'on se fait de ce groupe, avec un côté étrangement sautillant qui choquerait presque. Mustaine s'est essayé à un exercice périlleux sans oser aller vraiment dans un projet solo. Et pourtant, The Craving porte entièrement sa marque et ne peut pas rassurer les fans de l'homme.
Et près de quinze ans plus tard, il est de bon ton de noter que retrouver la version originale est quasiment introuvable. Le remaster de 2004 l'a totalement éclipsé et pourtant... Sur cette nouvelle version, le chant est tenu de façon incompréhensible par Mustaine et accentue l'impression d'album solo figé dans une routine rébarbative. Bien sûr, le chant du rouquin, faux comme à son habitude, est identifiable entre mille et donne une couleur différente à l'ensemble, le rapprochant dangereusement du mauvais
Megadeth des années 2000 par moment, mais l'excuse avancée est pathétique. Les pistes de chant de Lee Ving auraient été égarés, donc Mustaine a chanté. Du coup, l'oeuvre est différente, elle n'est plus la même sur la forme, mais le fond étant très dispensable, qu'est-ce que cela va changer, sinon des ventes supplémentaires vu que mine de rien, le MegaDave reste assez bancable... L'ironie du music business...
A moins d'être un grand fan du bonhomme, ce disque est dispensable dans une version ou dans l'autre. Globalement, il n'apporte rien et devient même rapidement assez monotone, manquant cruellement d'inspiration. Il n'est donc pas étonnant de constater que
Cryptic Writings est un disque qui se ballade le cul entre deux chaises, Mustaine étant à cette époque complètement perdu dans ses idées et ses envies. Le début de la décadence...