Après le départ de
Michael Schenker parti faire les beaux jours des britanniques de UFO,
Scorpions embauche un autre prodige de la guitare, une espèce d'avatar blanc de Jimi Hendrix,
Uli Jon Roth au look psychédélique clairement étudié. Et sans le savoir, les allemands ont eu le nez creux. Roth allait rapidement devenir l'artisan de leur succès même si pour le moment, son application sera minime, quoique déjà fort intéressante, dévoilant son potentiel ainsi que le potentiel d'un groupe qui n'avait pas clairement convaincu avec Lonesome Crow, son premier opus.
En 1974, malgré des tentatives de Birth Control (souvenez-vous, le papa de la chanson
Gamma Ray), le hard rock allemand n'est pas encore très réputé et
Scorpions est encore loin d'être prophète en son pays. Le deuxième album voit donc le jour cette année là et ne sera pas un grand succès commercial. Il manque encore pas mal de choses au groupe pour se faire remarquer de façon positive (ou pas, selon les points de vue). Un single efficace, une meilleure qualité pour les artworks (celui-ci est particulièrement hideux et limite ridicule...), une maison de disque qui croit réellement en eux ? Un peu de tout ça, bien sûr, ainsi qu'une reconnaissance un peu moins amusée des journalistes qui voient en la formation teutonne une espèce de bête de foire.
Sur
Fly To The Rainbow,
Scorpions cherche à évoluer, même si la fibre plus "prog" est toujours très présente, avec des titres longs qui donnent lieu à des changements de mélodies délicates (
Drifting Sun,
Fly To The Rainbow...). La facette heavy du groupe ne se dessine pas encore de façon radicale.
Speedy's Coming est le seul morceau qui tend ouvertement dans cette direction. Et le résultat est très satisfaisant, on retrouve déjà le style des compositions plus musclées qui jalonneront le futur proche du combo, avec un refrain bien balancé, où
Klaus Meine fait preuve d'une agressivité qu'il refoule savamment.
Les mots d'ordre sont éclectisme et mélodie. Chaque titre va dans une direction qui lui est propre, changeant parfois de voie suite à un break bien pensé, comme ce
They Need A Million qui débute comme une ballade délicate avant un reversement de situation inattendu qui tend vers une musique plus colorée, ensoleillée, avec une bonne dose d'humour et de second degré dans la formule qui fait mouche.
Long de quarante petites minutes,
Fly To The Rainbow n'est pas non plus exempt de défauts. A force de se complaire dans la ballade mélodique,
Scorpions perd également en efficacité. Là où on aurait eu besoin de un ou deux morceaux plus virulent, le groupe se complet dans une espèce d'expérimentation prog parfois un peu maladroite, touchante de naïveté, certes, mais qui manque parfois sincèrement de profondeur (
This Is My Song,
Far Away...). Des défauts qui seront vites corrigés.
Ce n'est pas avec ce disque que
Scorpions va se faire remarquer, malgré des qualités évidentes. L'ensemble reste un peu fade à une époque où dans le monde entier des groupes provoquaient des séismes avec leurs albums... Mais montrez un bout de sein, évoquez la sexualité le plus sensuelle possible et durcissez le ton...
Scorpions l'a compris et n'hésitera pas à appliquer une nouvelle formule dès le prochain opus.
Fly To The Rainbow n'est pas le disque le plus connu du groupe, mais il reste intéressant à découvrir.