Les durs aléas, qui recouvrent, parfois, d’une funeste sentence, la destinée d’artistes empêtrés dans les vicissitudes sclérosantes d’une infortune tenace, sont, de temps à autres, d’une ironie délicieusement cynique. Le parcourt de ce groupe allemand, fondé en 1985, peut, en effet, apparaitre comme quelques peu atypique, pour ne pas dire totalement ubuesque. De déboires en désillusions, de déceptions en trahisons, de déconvenues en désenchantement,
Abraxas, qui pourtant alors s’affirme comme prometteur, voguera sur un océan agité qui finira par le faire accoster en Asie. Son premier véritable album, The Liaison (1993) sera donc édité par une firme japonaise et ce n’est que bien plus tard, en 1997, que LMP aura l’idée de ressortir sur les territoires européens cette première œuvre. Rebaptisé Tomorrow’s World, agrémenté d’un nouvel artwork, l’opus est une alliance malhabile de morceaux anciens, de vieux titres issus de leurs première démo, à ceux de leur premier pas asiatique qui, soit dit en passant, commencent, eux aussi, à dater. Cette accusation, aux allures, sous ma plume, de jeunisme éhonté, peut apparaitre comme anecdotique ; mais offrent, à ce Tomorrow’s World, dès sa sortie occidentale, un vernis sépia désuet totalement regrettable.
Ce collage de morceaux aux origines, et aux âges, diverses et variées dévoilent, en effet, un ensemble bien trop disparate. Ces titres qui s’enchainent sans véritable lien, sont totalement déroutant et le plaisir qui en découlent en devient donc complexe, rugueux, ardue. Les différentes pièces de cette fresque s’entremêlent et s’entrechoquent donc dans un vacarme confus d’où, lorsque la poussière de l’âpre bataille ne se dissipe enfin, ne nait qu’un sentiment déconcertant. Comme pour mettre en exergue cet horripilant manque de cohérence, et alors que l’affreuse difformité aurait plutôt demandé qu’on la panse,
Abraxas, dans un excès de maladresse cherche maladroitement son style dans les diverses influences qui sont les siennes. Naviguant, essentiellement, sur les eaux déchainées d’un Heavy/Power metal assez traditionnel, influencé par le classicisme de ses origines, tels, par exemple, sur Gates to Eden aux préambules mélodique très à l’image de
Blind Guardian, ou encore sur Cry of the Nature, mais aussi sur Into the Light, ou sur Euphoria et son break qui n’est pas sans nous rappeler The Rime of the
Ancient Mariner, d’un certain
Iron Maiden ; il n’hésite pas, aussi, à explorer les îles, de manière totalement infertile, aux terres musicales plus complexes, plus progressives, tels sur un pesant Explorers très caractéristique, ou encore sur un pénible Stolen Memories.
Ajoutons aussi que la production de cet opus est très médiocre. Manquant singulièrement de relief, elle emprisonne ces titres dans une linéarité très fastidieuse. Le procédé nous propose un résultat totalement déséquilibré où les guitares étouffés sont très en retrait, les sonorités de batterie, et notamment de grosses caisses, sont affreusement étouffés et qui souligne désagréablement les performances d’un chanteur qui, pourtant non dénué de talent, de par ce traitement est totalement incapable véhiculer d’autres émotions qu’embarras et ennuis.
Epitaphe déplaisante d’un groupe, pourtant, en devenir ; ce Tomorrow’s World condamnera de manière, espérons-le, irrémédiable
Abraxas a un silence de circonstance. L’histoire, même artistique et avec un grand H, n’est donc pas toujours totalement injuste. Tant mieux.