Pearls Before Swine était sorti en 1997 et fut salué par la presse spécialisé comme un grand disque de hard rock mêlé de sonorités tribales et de world music. Oui, mais le disque n'aura pas connu beaucoup d'amateurs et comme d'habitude avec
Tribe After Tribe, n'aura attiré à lui que les fans, ceux qui savent déjà que
Robbi Robb est un musicien exceptionnel, qui n'a pas peur d'abattre des frontières seulement imaginées par
Sepultura et consort. En moins brutal, ceci pourrait expliquer cela.
Mais Robbi Robb n'était pas resté inactif, jouant avec Three Fish et imaginant le nouvel album de
Tribe After Tribe après avoir laissé couler autant de temps. Il restait à savoir si l'homme avait encore l'envie. Musicalement, l'homme n'a jamais renié son amour pour
Black Sabbath, la pop et le punk, ainsi qu'un héritage musical impressionnant né de sa jeunesse en Afrique du Sud, pays qu'il a du fuir pour échapper à l'emprisonnement (ou le meurtre) pour ses idées anti apartheid.
Et justement sur
100 000, Robb nous met en face du
Tribe After Tribe le plus violent, avec une ambiance très punk, une guitare rentre-dedans, une rythmique qui se teinte de percussions tribales du meilleur effet, quelques samples electro... Assurément, on est en face d'une bombe, complètement hors du temps, mais d'une intensité telle que l'on ne peut être que soufflé par cet exercice de style bluffant. Le chant de Robbi Robb est clair, mais complètement possédé, quelque fois déformé électroniquement. En trois mots : ça déboite sévère.
En revanche,
100 000 sera le seul morceau de cette trempe, le seul à oeuvrer ouvertement dans la violence. Par la suite, Robbi Robb et son impressionnante équipe (il est effarant de voir le nombre de personnes, dont le bassiste
Joey Vera (
Armored Saint, Fates Warning...), qui acceptent de se joindre à ce projet qui rapporte peu juste pour le plaisir de jouer une musique qui sort de l'ordinaire) ont posé le jeu et ont donné libre court à leur inspiration.
Et le travail une fois de plus est fabuleux par moment. Par moment, parce que si c'est beau, ça n'en demeure pas moins sacrément mollasson. On est plus proche d'un rock ethnique que du metal dans sa forme la plus soft. Et finalement, ce n'est pas plus mal. Parce que l'on prend le temps d'apprécier les instruments exotiques utilisés, principalement des percussions africaines et exotiques ainsi que du didjeridoo (vous savez, cette trompe naturelle utilisée par les aborigènes pour produire un son long et grave). Mêlé aux autres instruments plus traditionnels - pour le metal s'entend - qui font des apparitions judicieuses comme un riff qui surgit de nul part où une rythmique plus appuyée qui intervient de façon radicale.
La facette rock est bien représentée tout de même.
Eloïse (il n'avait pas le droit de la rater celle là, le Robb, surtout pas cette foutue année) est une pièce lancinante, à la guitare rêche, agrémentée de samples qui viennent donner une ambiance moderne à une composition qui sonne comme du
Tribe After Tribe classique, avec ce qu'il faut de planant pour nous emmener dans des contrées opiacées.
Tunguska est une autre pièce intéressante de feeling et d'incursions tribales. L'impression de vivre dans un monde transfiguré par des peuplades entières n'est jamais vraiment loin. Savoureux.
Et dans les contrées plus calmes, on tombe sur des pièces à la limite du shamanique, comme ce
Island prenant, qui dans sa douceur est comme un coup de couteau sacrificiel : ce n'est pas pour faire souffrir, ce doit être rapide, indolore... Et c'est tout simplement beau, Robbi Robb arrive à la maturité pour son chant et sa prestation est de toute beauté, comme sur l'enivrant
War Sheik, tout en violence contenue.
Evidemment, ce disque ne peut pas plaire à tout le monde. Cela se saurait et Robbie Robb peinerait moins à enregistrer ses albums... mais ce
Enchanted Entrance à la pochette raffinée est un excellent disque de rock (hard) mâtiné de world music. Une exploration originale des possibilités qui sont offerte achèvent de rendre cet opus convaincant. Encore une fois, un bien beau disque, plus faible que Pearls Of Swine ou M.O.A.B, certes, mais diablement attirant et addictif. Chapeau bas monsieur Robb, encore une fois, ce fut un grand plaisir de voyager en votre compagnie.