A la frontière entre folk metal et metal symphonique,
Elexorien nous propose un énième monde de féérie médiéval, de forteresses assiégés et de créatures des bois... On passera sur le manque d'originalité des thèmes héroïc-fantasy mille fois rebattues. Allons à l'essentiel.
Contrairement à ce que l'on pourrait craindre, la musique se révèle bien plus intéressante que les paroles. Oh, rien d'extraordinaire ni de révolutionnaire, mais l'ensemble possède néanmoins une incontestable ligne mélodique, pas juste un assemblage hasardeux d'emprunts et d'influences assaisonnés de riffs eux mêmes plus ou moins empruntés ailleurs ; bref il semble y avoir une idée précise qui soutend l'album, même si on en perd parfois un peu le fil. En fait, elle repose en grande partie sur l'utilisation de riffs semi-classiques, ce qui n'est pas particulièrement nouveau en sois, mais du moins correctement servi.
Le chant n'est donc pas l'élément central de l'album, et se fond dans la ligne globale ; paradoxalement, il s'avère néanmoins son principal point faible. Non pas le chant féminin comme on pourrait le penser : Iné Zijlstra n'est pas une chanteuse classique, néanmoins sa technique la rapproche d'une soprano lyrique, ample et modulée, quoi qu'on puisse lui reprocher un certain manque de puissance et parfois quelques approximations. Surtout, elle possède une belle voix, un timbre chaud et riche qui, s'il n'est peut être pas très bien mis en valeur, se démarque sans retour des faussets aigus et plats que l'on rencontre trop souvent.
Non, le problème réside plutôt dans le chant death/thrash qui l'accompagne, pas franchement en harmonie avec le reste, et passablement hors tempo. Son style est, passez moi l'expression, assez dégueulasse et pas très varié. Un véritable growl, ou du chant black, auraient été bien mieux adaptés et plus percutants. Or il se situe entre les deux, oscille d'un côté ou de l'autre, et semble peiner à rester dans un registre précis, que ce soit grave ou aigu. De plus son chant possède un caractère "sale" de son chant qui s'accorderait très bien à des guitares saturés, mais pas au son clair et "propre" d'
Elexorien.
Sur le fond, l'opposition n'en est pas moins intéressante -et d'une certaine originalité- mais nécessiterait un travail plus approfondi, notamment de la part des guitares, qui hésitent à passer un certains degré de saturation. Faute de quoi, on reste dans le champ de l'expérimentation musicale hasardeuse, avec les problèmes de maîtrise que cela implique.
De bonnes chose dans cet album, donc, et de moins bonnes. Surtout, le groupe fait face à l'un des principaux problèmes du metal symphonique : non pas le manque de puissance, mais le manque d'originalité. On retrouve par exemple l'un des grands thèmes de
Rhapsody dans
Rising of The Storm, de façon si peut déguiser que c'en est presque indécent. Globalement, leurs thèmes musicaux sont assez peu originaux, empruntés au power metal et aux autres groupes de metal symphonique ou gothique, avec de vagues touches folk. La bonne qualité globale, y compris du chant féminin, ne suffira pas au groupe pour se démarquer. Cependant, profitons de ce que nous avons la, qui est des plus honnête, voir assez bon, et attendons la suite...