Septième album du groupe américain,
The black Halo est clairement dans la lignée d’
Epica, son prédécesseur ; non seulement d’un point de vue musical mais également les textes. L’album était centré sur une histoire inspirée du Faust de Goethe, un homme ayant vendu son âme au diable contre l’éternelle jeunesse, qu’une jeune fille tente de racheter par amour. Comme dans Faust, elle échouait et mourait. Les chansons s’enchainent sur cette histoire, parfois sous forme de dialogues entre les protagonistes : Ariel, le héros ; Méphisto, le diable ; Helena, la jeune fille. Une sorte d’opéra version métal en somme ; bien que le mythe de Faust soit classique, sa relecture est intéressante.
Au niveau musical, on retrouve la technique des multiples collaborations, pratiquement chaque chanson faisant appel à un assortiment d’invités différent. On retrouve avec plaisir la voix de Khan et sa technique vocale assez particulière, son chant aux multiples inflexions.
Très remarquable, la présence d’un orchestre symphonique ; parfois jouant en solo, le plus souvent associé aux instruments du métal, il apporte une certaine complexité aux mélodies et fait une bonne partie du charme de cet album. Un chœur est également présent, ce qui achève la ressemblance avec l’opéra.
March of Méphisto débute sur une strophe en latin, chantée par
Shagrath dans le plus pur style de
Dimmu Burgir. Accompagné par le clavier, puis un martellement de botte et des cris, il glorifie le goût du lucre. Batterie, basse et guitare prennent le relais avant que Méphisto (à qui Kahn prête sa voix) n’arrive. Il a retrouvé Ariel, qui l’avait fuit, et veut le soumettre. De sa voix tantôt enjôlante, tantôt menaçante, il mélange promesse et fausse compassion, et finit par lui rappeler le pacte qu’il a signé.
Commençant sur un solo de batterie,
When the lights are down met en scène l’aveu de faiblesse d’Ariel ; par fatalité il se soumet à Méphisto, mais son désir de rédemption revient dans
The Haunting, avec la rencontre de Marguerite, un personnage tout droit tiré de Faust et interprété par Simone Simons, la chanteuse d’
Epica (le groupe).
L’interlude
Dei Gratia, un court air en latin, associe Khan à une voix de femme avant l’introduction orchestrale de
Abandonned. Ariel y exprime cette fois ses regrets, sa mélancolie ; le piano vient souligner ses sentiments, ainsi que la courte apparition d’Helena. Mêlant toujours musique orchestrale et sons métal,
This Pain et
Moonlight continuent dans le même registre ; les thèmes musicaux sont toujours aussi complexes.
L’interlude,
Un Assassinio Molto Silenzioso, est assez curieux ; il s’agit d’un air de cabaret en italien, qu’une femme interprète un peu à la façon des bohémiennes. Le contraste avec le reste de l’album est étonnant ; il s’agit peut être d’une évocation de la vie dépravée que le héros menait sous l’influence du diable. On peut aussi faire un parallèle avec la chanson de la puce que Méphisto interprète dans la taverne, dans l’opéra que Berlioz avait tiré de Faust.
Suit la chanson emblématique de l’album,
Black Halo. La musique est beaucoup plus violente et désespérée ; Ariel est résolu à mourir, soutenue par le chœur dans sa détermination. Cependant il hésite jusque dans
Memento Mori, où Helena, devenue un ange, affronte Méphisto (chanté cette fois par
Shagrath) pour lui reprendre l’âme d’Ariel. C’est le dénouement et la fin de l’histoire. Un nouvel interlude étrange suit, où l’on entend le maire de la ville souhaiter une bonne année à ses concitoyens, puis les pas d’un homme s’enfuyant dans la neige…L’album se conclut sur
Serenade, où le chœur est une nouvelle fois associé à Kahn, cette fois pour un hymne d’espoir.
L’histoire connait moins d’évolutions que dans
Epica ; elle est plus centrée sur le héros et ses affres ; la musique en revanche gagne largement en complexité. Autre détail originale, les transitions ne sont pas instrumentales comme le font la plupart des groupes, mais constituées de courts textes, souvent des mises en situations ; au lieu de constituer des temps morts, elles font avancer l’histoire. Souvent décrié pour son manque d’originalité, Kamelot nous prouve dans cet album sa capacité à innover, à réaliser la fusion des styles musicaux dans un genre différent du métal symphonique.