Inutile d’imaginer un seul instant que les débats stériles de polémistes patentés, qui se déchirent sur les champs de batailles de l’esprit artistique, pourraient trouver, à la lueur de ces quelques lignes, une quelconque paix consentis. L’apaisement salutaire s’éloigne d’autant plus que chaque camp avance dissimulé derrière ses arguments pertinents qui, paré du masque de la raison, ne sont rien d’autre que de niaises vérités évidentes. Oui,
Airbourne joue, au riff près, et avec un certain talent, la musique du plus illustre de ces compatriotes australien,
AC/DC ; et oui, la vigueur, l’énergie, la fougue et l’habileté avec lequel il s’emploie à le faire engendre un incroyable plaisir fondé.
Une fois le préambule obligatoire établis, prélude dont le seul mérite est de définir assez aisément et assez justement la musique des frères O’Keeffe ; il convient, tout de même, d’aller au-delà. Il apparait comme incontestable que l’incroyable exaltation avec laquelle ces artistes s’évertue à communier sur scène avec son public est remarquablement admirable. Pourtant c’est, aussi, dans le marbre d’œuvre intemporellement gravés qu’il nous faut, humblement, juger. Une idée moyenne, même défendue avec un talent, un enthousiasme et une sincérité évidente, n’en devient pas nécessairement une bonne idée.
Et si
Airbourne ne manque certainement pas de cette ardeur enivrante, ni même de cette franchise exaltante, je reste convaincu que ces qualités ne sont que vernis. Sous ces couches grisantes la vision de ce groupe n’est, selon moi, qu’un paysage terne. En effet sans le brillant de ces formes entêtantes, le fond de cette musique « australo-angussienne » manque de saveur.
Bien évidement les frères O’Keeffe ont pour eux l’élan de cette jeunesse, une vitalité et une hardiesse infaillible, mais aussi cette capacité à nous offrir des titres efficaces ; là où, désormais, son grand frère australien semble plus emprunté. Ainsi l’énergie communicative d’un furieux Raise your Flag ou encore It ain't over till it's over (dont le riff et l’atmosphère ressemble à s’y méprendre à celui de Whole Lotta Rosie) semble être un passé inaccessible, volontairement ou non, pour d’autres. Car la véritable force d’
Airbourne est, aussi, là. Il est capable de réussir là où les frères Young sont, aujourd’hui, impuissants.
S’il apparait comme vain d’énumérer tous les stigmates les plus propres au Hard Rock, et particulièrement à
AC/DC, que développe
Airbourne sur ce nouvel opus ; il satisfera, incontestablement, pleinement ceux qui s’en contentent et continuera d’alimenter les critiques de ceux qui s’insurgent de ce éhonté plagiat. La polémique n’est donc pas close.
La controverse reste donc d’actualité et les interrogations de rigueur.
Mais est-il nécessairement besoin d’intellectualiser son ressentis et de le projeter dans une vision d’avenir où se poserait, invariablement, les questions d’une carrière musicale basé sur les faits d’armes d’autres ? Non, bien évidement. Cette tendance du mouvement Hard Rock à ne pas renouveler son propos, mais ces acteurs, apparait comme récurrente. Cette démarche de non-renouvellement des idées, que votre humble serviteur aura définis, exagérément, comme l’agonie du genre, n’est rien d’autre qu’une habitude culturelle, selon moi, dommageable ; mais de laquelle résulte incontestablement, et lorsque les musiciens sont talentueux, un bonheur communicatif indéfectible. Ainsi beaucoup auront oubliés tous ces fiers soldats qui n’auront pas marqués de leurs empreintes inaltérables l’histoire, mais qui auront suscité la satisfaction certaine d’un auditoire avide. Effacés les
Kix,
Dangerous Toys, Panama ou encore The Darkness ; désormais la nouvelle sensation se nomme
Airbourne. Et c’est tant mieux.
Quoiqu’il en soit, et à titre tout à fait subjectif, je préfère gouter aux émotions suscitées par l’original originel, plutôt qu’à celle suscitées par des copies, même géniales. Et j’aime, aussi, à ajouter que je regrette la sur-médiatisation de ce groupe au dépends d’autre dont les idées créatives, et les œuvres, apparaissent comme bien plus intéressantes (Buckcherry, The Poodles…)
Pas de réconciliations donc à l’aune de ce No Guts, No Glory. Les uns continueront de se satisfaire de ces délicieuses allégresses immenses fomentés, très justement, par ce Hard Rock « australo-angussien », quant aux autres ils poursuivront cette dénonciation, non moins justement, sous le sceau du plagiat irrespectueux. Et tous auront raison.