Ceux qui suivent avec attention le déroulement des chroniques de
Blue Öyster Cult auront remarqué que le ton du chroniqueur associé à ce groupe est souvent chargé d'une dithyrambe proche de la plus abjecte des subjectivités (et pourtant, objectivement, les albums mentionnés comme énormes le sont). Il faut dire que le groupe est capable de très grandes choses. Sinon, comment expliquer que
Fire Of Unknown Origin ait été certifié platine à une époque délicate pour un groupe qui était en quête de rachat ? Formation capable du meilleur comme du pire,
Blue Öyster Cult a cependant perdu pied dès 1983, faute à un
The Revölution By Night manquant cruellement de volonté et de force après un FOUO ravageur.
On commencera par noter avec satisfaction le retour de
Sandy Pearlman à la production. Comprenez, normalement un retour aux affaires sérieuses. Ensuite, on remarquera surtout une nouvelle absence remarquée : celle du claviériste
Allen Lanier, démissionnaire. En fait, il convient d'applaudir son sens du nez creux : il a parfaitement deviné qu'il ne toucherait pas beaucoup de ronds avec ce disque ! D'ailleurs, un coup d'oeil aux crédits permet de voir que c'est toujours le bordel au sein de
Blue Öyster Cult. On retrouve trois membres originaux,
Eric Bloom,
Donald Roeser et
Joe Bouchard, des compositeurs extérieurs en pagailles, apparemment plus impliqués que les musiciens eux-mêmes.
Du coup, Club Ninja arrive parfaitement à être un album sans personnalité fixe. On appréciera de voir que
Blue Öyster Cult est un groupe moderne, qui a parfaitement su comprendre son époque tant le disque s'inscrit dans une logique typique des années 80, que l'on pourrait juger complètement antinomique de ses têtes pensantes qui ont toujours su imposer leur style par le passé (ou presque, selon la période sandwich dans laquelle elles se trouvaient).
Donc on a droit à une batterie minimaliste, qui fait du poum tchac sans réel génie. Et là, on repense aux parties titanesques de
Albert Bouchard quelques années plus tôt. Puis on se dit tout de suite après que vu la complexité des morceaux, poum tchac, c'est suffisant. On se penchera également sur les sonorités des synthés qui sonnent kitsch et on constatera que dix ans plus tôt,
Blue Öyster Cult parvenait à sonner avant-gardiste ! Mais en se fondant dans son époque, le groupe brouille les pistes avec habileté. A moins de reconnaître parfaitement la voix de
Eric Bloom, les chances de reconnaître le BÖC sont vraiment très minces.
Et les morceaux se succèdent gentiment. On a même droit à une intervention de
Howard Stern sur
When The War Comes Home qui aurait pu être efficace sans cette progression très '80 complètement aseptisée. D'autres morceaux auraient pu être bons s'ils n'avaient pas eu des accumulations d'effets foireux qui ne collent pas au groupe (
White Flags souffre d'un synthé mortel, dans le mauvais sens du terme; des choeurs dérisoires éclatent souvent, pompeux et inintéressants... Souvenez vous d'un titre comme
Astronomy en 1974... Comparez avec le morceau de bravoure de Club Ninja,
Madness To The Method... Bravo, ça c'est du rock'n'roll, vous avez envie de briser votre chaise sur votre chaîne hifi ! Bref, vous pigez un peu le topo ?
On applaudira donc
Blue Öyster Cult pour son dixième album studio où personne ne semble vraiment y croire d'ailleurs (Bloom aura rarement été si... à l'ouest ?). Des deux mains et avec les pieds. C'est leur pire disque. Celui de la honte, la poursuite infernale du début de la fin, Moïse coulé dans le Nil, l'iceberg qui aura raison du Titanic qu'est devenu le groupe. Bon, on peut avancer un chiffre : 175 000 exemplaires vendus. Cela serait pas mal de nos jours, pas en 1986 où vu l'investissement placé dans cet album, c'est considéré par la maison de disque comme un échec cuisant. Et pour le BÖC, une perte totale de crédibilité où plutôt que de respecter sa parole et faire une espèce de retour aux sources, le groupe préfère s'aliéner à sortir un album dans l'air du temps qui ne leur ressemble en rien. Et rien que cette décision absurde mérite toutes les dithyrambes que l'on pourrait adjoindre à un suicide commercial en règle. Bravo les mecs, bravo.