La durée moyenne d'un CD deux titres oscille entre sept et huit minutes. Un titre bien catchy et un autre, soit plus personnel ou un remix le complète de manière générale. Certains groupes présentent, comble de l'infamie, un single comme un EP, sur une durée qu'un groupe de grind pertinent utiliserait pour caser pas moins de huit morceaux, voire neuf s'il est particulièrement en forme.
Odanë, lui, vient changer la donne d'un grand coup de pied en proposant pas moins de vingt minutes de musiques pour deux malheureuses chansons, un petit détail qui n'en est pas un et qui mérite à lui seul que l'on se penche sur ce
A Carnival In Mist à la pochette euh... brumeuse.
Il faut dire,
Odanë ne connait pas la concision. Et cela s'accorde parfaitement avec l'effort fait pour rejeter toute linéarité dans les compositions. A l'instar d'un
Ram-Zet, le groupe ne suit pas de ligne directrice, il laisse la musique s'inscrire d'elle même dans une continuité qui ne parait pas logique aux premiers abords, que certains qualifieront de progressive de part les nombreux changements de rythmes et de mélodies qui émaillent chacun de ces deux titres.
Il est inutile de rentrer en détail dans les chansons, les décrypter, les raconter par le menu et ainsi gâcher toute surprise, tout plaisir d'écoute. Et peut-être convient-il même d'entamer les débats en évoquant le défaut majeur de cet EP qui réside dans sa production un brin trop étouffée. Les instruments semblent ramassés les uns sur les autres, sans pour autant développer un résultat trop brouillon. Le son manque un peu de puissance et quand le violon égraine sa litanie, il parait souvent trop en retrait alors qu'il mériterait momentanément de prendre les devants, pour apporter de façon plus conséquente cet attrait quelque peu lugubre qui sied à merveille à la musique développée par
Odanë, entre doom et volonté avant-gardiste.
Ram-Zet a été évoqué un peu plus haut et la comparaison, si elle est flatteuse, n'est pas forcément exacte. Bien sûr, le violon et le fait que
Nott assure la plupart des parties de chant de sa voix suave (ne cherchez pas une approche symphonique à la
Nightwish, vous serez forcément déçu par le voyage) tend à cette comparaison facile, les constructions changeantes également, mais
Odanë se veut moins froid, moins clinique, avec des compléments de voix death et black pour égayer l'ensemble. Le style diffère également, la formation lyonnaise a su apporter sa personnalité aux titres (et oui, on peut se dire qu'ils sont sacrément tordus mine de rien).
Les problèmes de production n'empêchent cependant pas de se rendre à l'évidence : le groupe a un potentiel terrible et il devient dès lors frustrant de ne pas avoir plus de compositions à se mettre dans les esgourdes, les vingt minutes paraissent trop courtes vu que l'absence de linéarité évidente accroche l'oreille systématiquement, comme ce piano qui intervient à la fin de
Bleak Opium avant que le violon ne lui renvoie une réponse doucereuse, ou la qualité du chant déclamé par Nott sur
Great Masquerade, qui résonne encore comme une invitation à entrer dans le Grand Guignol, à nos risques et périls, une invitation qui n'a rien d'innocente et où la musique se complait dans une dégénérescence motrice implacable, tout en subtilité, sans avoir à explorer des voies de brutalité gratuite.
Deux titres, deux personnalités différentes, qui se complètent à merveille, que demander de plus ? D'autres morceaux, effectivement, mais sinon ?
Odanë montre qu'il a une capacité certaine à s'imposer sur la scène de l'avant-gardisme dans le domaine du metal, au même titre qu'un
Diablo Swing Orchestra ou d'un
Ram-Zet (on y revient, décidément...). Bien sûr, pour cela, il faudrait un véritable album, mieux produit, donc plus de compositions et conserver cette volonté affichée de ne pas sombrer dans la facilité quitte à déboussoler l'auditeur.
Odanë reste une expérience musicale à découvrir, à savourer et à promouvoir. La note peut paraître malheureuse par rapport à ce qui a été dit, mais la frustration née du manque laisse des traces et deux titres restent toujours insuffisant pour jauger pleinement le potentiel d'une oeuvre. En espérant une prochaine production plus conséquente, inutile de dire que vous êtes chaudement invités à découvrir ce groupe.