Metal Heart est un album paradoxal. Plus léché que les précédentes réalisations du groupe, ce disque avait connu des ventes plus qu'honorables et a été rapidement dressé au rang de classique au même titre qu'un
Restless And Wild. Certains fans se sont bien sûr montrés grognons face à l'américanisation latente d'un son destiné à découper l'acier le plus robuste.
Udo Dirkschneider, le chanteur de la formation teutonne, en sera le premier d'ailleurs. Aussi, on pourra comprendre son agacement face à ce
Russian Roulette qui tente de revenir à un son plus heavy tout en essayant de détourner l'attention de tout le monde avec des sonorités par ailleurs très clean. Bref, le chanteur aux grognements porcin claquera la porte peu après pour monter UDO et faire du Accept à la place de Accept. Mais ne brûlons pas les étapes.
Russian Roulette... Voilà un titre d'album qui est évocateur ! Nous connaissons tous le principe de ce jeu que seul un russe imbibé de vodka jusqu'à la racine des cheveux a pu créer : garder une cartouche dans le barillet, le faire tourner et se passer le révolver jusqu'à ce que le gagnant se fasse sauter la cervelle. La variante talibane consiste à garder une cartouche dans le chargeur de l'AK 47, de le mettre au coup par coup et de faire passer l'arme. Du coup, ça peut être plus long. Plus fun aussi. Enfin bref... Jouer à la roulette russe peut également être une expression signifiant que l'on s'apprête à faire un choix important. Et pour un album qui a le cul entre deux chaises, c'est de l'ironie.
Parce qu'il est évident que
Wolf Hoffmann ne sait pas exactement ce qu'il veut. On le sent tenaillé par l'envie de satisfaire les fans d'Accept, mais on devine aussi qu'il a franchement envie d'en gagner de nouveaux, qui pensent que le Coca Cola est la boisson de référence pour accompagner le foie gras et la choucroute, des américains. Il y a cette volonté de polir certains passages, d'arrondir des angles qui auraient été plus efficaces un peu plus aigus, de policer le chant de Dirkschneider de temps en temps... Franchement palpable par moment et de ce fait tellement désagréable ! On imaginait Accept, en temps que leader d'une scène allemande en plein renouveau, bien plus intègre.
Pourtant il y a de très bonnes choses sur cette galette. Pour un peu, on pourrait même croire que Metal Heart n'a été qu'un clin d'oeil très réussi et que
Russian Roulette allait partir comme en 14. Mais ça devient assez compliqué rapidement ; comme beaucoup de groupes déjà bien implantés à cette époque, Accept va connaître une pente descendante complexe. La formation va en effet bouffer à divers râteliers pour assurer ses arrières et aller de l'avant, mais pas comme la fan-base le voudrait. Et pour certains, la coupe sera vite pleine.
Si l'on veut de l'artillerie lourde, Accept balance gentiment d'entrée de jeu un
T.V. War qui fait mal aux dents, poursuivi par un
Monsterman bien épicé, puis le morceau titre qui est satisfaisant avec ses changement de tempos bien pensés. Jusque là, pas de problèmes, la dynamique est très bonne. Puis la machine se retrouve brusquement grippée avec un
It's Hard To Find A Way où la distorsion ne fait qu'illusion. Ce n'est pas du Accept, ça pourrait être du Dokken aseptisé. Et encore, rien à voir avec l'épouvantable
Stand Tight qui achève l'album et où Dirkschneider essaye de se montrer charmeur derrière le micro. Dur à digérer.
Et là, on stigmatise l'un des gros problèmes de ce disque, ces sautes d'humeur stylistiques qui tirent le disque irrémédiablement vers le bas. Des tueries peuvent être coincées entre deux titres plus faibles ; la tuerie perd de sa puissance et ne devient plus qu'un bon titre et ainsi de suite. C'est un cercle vicieux dans lequel se noie Accept, avec une détermination qui fait peur. Si on sait que Udo n'apprécie que moyennement la démarche, Hoffmann et
Peter Baltes semblent quant à eux y trouver leur compte.
Russian Roulette devient alors terriblement instable. Comme une bouteille de nitroglycérine scotchée sur un marteau piqueur. La ligne directrice est floue et quand on gratte et que l'on comprend les envies qui se cachent derrière, on peut se sentir déçu. La politique du toujours plus, qui aura ruiné la carrière de bon nombre de groupes...
Bien sûr, ce disque, s'il a ses détracteurs, possède également d'ardents défenseurs qui voient en lui le meilleur de la discographie chargée du groupe. On ne va pas leur jeter la pierre, le monde du metal est vaste, les goûts le sont aussi et tant mieux pour
Russian Roulette. L'album fait débat, par extension, il restera dans l'histoire. Il est légitime de l'aimer, comme il peut également être très légitime de ne pas franchement l'apprécier.