L'album Quo était clairement une limite. Un stade que
Status Quo ne pouvait décemment pas dépasser sans virer bruitiste ou au contraire, sans perdre tout intérêt. Parce Quo, c'est l'album servi avec amphétamines. celui qui défouraille sec, pour le style pratiqué. Aussi, le disque suivant, On The Level était très attendu.
Précédé par le single
Down Down, cet opus arrive début 1975 avec sa pochette qui joue sur les effets de profondeurs et mine de rien, il tranche complètement avec son grand frère. Déjà le son est presque propre. Comprenez moins rugueux, plus lisse, et un travail particulier est apporté aux mélodies là où le groupe aimait bien balancer les riffs à tout va avant, jusqu'à de longues compositions qui prenaient une dimension encore plus explosive sur scène, le terrain de prédilection des musiciens.
Bref,
Status Quo revient avec un son plus léché. Etonnant. Pourtant, le groupe reste intègre dans sa démarche. Son boogie hard est toujours d'actualité, frais, musclé par moment, plus bluesy à d'autres, avec une parfaite complémentarité chez les musiciens qui savent bien combler l'espace sonore. Quand ils se mettent en mode rouleau compresseur, les Parfitt & Co n'y vont pas par quatre chemin : il faut que ce soit sautillant, bien rythmé par une batterie épileptique, que les guitaristes jouent des riffs de bûcheron, et surtout, que l'auditeur ait envie de bouger son cul. Et ça marche !
Down Down,
I Saw The Light,
Little Lady ou la très bonne reprise de
Chuck Berry,
Bye Bye Johnny sont efficaces, jouissives dans leur approche simple et boogie. Du
Status Quo classique, mais le genre de titre dont on ne se lasse pas venant d'eux.
Mais rapidement, on se rend compte que les choses changent.
Little Lady est couplé à un
Most Of The Time plus soigné, avec une approche plus mélodique où le mot d'ordre semble être "doigté".
Status Quo caresse langoureusement dans le sens du poil, il évite soigneusement de trop l'arracher dans la foulée. Il sort du carcan de rugosité affiché sur les trois précédents opus. Du coup, l'ensemble est tout de suite moins fou, moins immédiat. En posant le jeu, le groupe aère sa musique, peaufine son style et créé des aérations.
Aussi, On The Level est loin d'être l'album le plus hard de
Status Quo, même si, sous jacente, on retrouve toujours cette tension, initiée par des lignes de basses bien lourde et une batterie qui ne fait pas semblant. Mais après plus de dix ans de carrière, le groupe arrive à un nouveau tournant, avec de nouvelles motivations. Et si on peut reprocher à
Status Quo d'avoir un peu négligé la seconde partie de l'album (entre
Down Down et
Bye Bye Johnny, on peine parfois un peu à vraiment être accroché par les morceaux proposés), on ne peut leur reprocher d'aller au bout de leurs idées.
On The Level connaîtra une belle carrière dans les charts européens. Comme tous les albums du Quo depuis Piledriver, si on se penche en arrière. Un succès largement mérité pour le groupe favori du Prince Charles (non, on a pas forcément les fans que l'on mérite). Une vision délirante et sautillante du hard rock qui ne manque pas de fantaisie. C'est simple, techniquement, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais c'est peut-être pour ça qu'en définitive, ça le fait. Pas le meilleur album du groupe, donc, mais tout de même une bonne pioche.