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Depuis leur immense succès en 2003, les membres d'
Evanescence ont toujours été qualifiés d'arrivistes au potentiel artistique inexistant. Les langues de vipère prêchent haut et fort que le succès commercial du groupe repose sur quelques principes ridiculement simples : le joli minois d'Amy Lee, leur nationalité américaine, leurs compositions accrocheuses aux sonorités pop/rock et cet album,
Fallen, qui leur offrit une gloire soudaine et imméritée. Pourtant, il fait bon de rappeler que le projet
Evanescence est né en 1995 à Little Rock, soit huit ans avant la sortie de
Fallen. Entre temps, trois EPs ont vu le jour (
Evanescence,
Sound Asleep et
Mystary), un nombre impressionnant de b-sides a été enregistré et un album démo sobrement baptisé
Origin (2000) a été publié. Afin de juger le groupe à sa juste valeur, il paraît donc indispensable d'effectuer un retour aux sources. Cette chronique sera l'occasion de se pencher sur les origines du phénomène
Evanescence...
Avant toute chose,
Origin est sans aucun doute l'album le plus éclectique du combo. L'auditeur est immergé dans un monde tantôt intimiste ('My
Immortal'), énergique ('Away From Me'), très violent ('Lies'), atmosphérique ('Imaginary') ou encore électronique ('Eternal'). Cet album appartient à une époque révolue, qui fleurait bon la diversité, la poésie et la prise de risque. Le titre introductif '
Origin' donne immédiatement le ton : les trente secondes défilent à toute allure et nous plongent dans une ambiance menaçante, régie par des bruits et des voix étranges. Tout au long de l'album, la fusion des genres est orchestrée à la perfection : de douces mélodies se mêlent à une instrumentation metal assumée et de ce mélange naît de véritables pépites musicales. 'Whisper', par ses riffs acérés et son refrain hypnotisant, a des allures d'hymne religieux, tandis que 'Lies', par sa noirceur prononcée et ses parties vocales death destructrices, fait figure d'ovni des plus intéressants dans la discographie du groupe, orientée grand public à l'accoutumée.
De plus,
Origin brille par son authenticité. Cet opus est imprégné d'une essence gothique quasi-naïve qui le rend incroyablement attachant. La ballade acoustique 'Field Of Innocence', bijou de fraîcheur, immortalise la phase la plus pure de la vie, l'enfance, tandis que 'Anywhere', véritable hymne à l'exode amoureuse, est sublimée par un solo de guitare des plus envoutants. La célèbre 'My
Immortal' n'échappe pas à la règle : Amy Lee alterne chant grave et aigu avec une maîtrise absolue et offre à l'auditeur un régal acoustique. Les ballades sont épurées, travaillées à la racine et dépourvues d'enrobage superficiel. Des qualités qui feront défaut aux créations futures, comme en atteste les quelque peu sirupeuses 'Lithium' et 'Good Enough' présentes sur
The Open Door (2006). Il semble particulièrement important de noter que trois titres de cet album feront l'objet d'une remise à jour sur
Fallen. Ainsi, 'Imaginary', malgré les superbes orchestrations symphoniques qui lui seront implantées en 2003, perdra son solo de guitare accompagné des envolées vocales d'Amy, qui apportaient pourtant une touche atmosphérique rare. Quant à 'My
Immortal', il sera dénaturé par une guitare électrique qui lui donnera certes plus de rythme, mais qui la rendra moins touchante et moins intéressante. Les seules retouches justifiées se trouveront du côté de 'Whisper' : sur Fallen, le morceau gravitera autour des cinq minutes et se verra incorporer des éléments épiques des plus divins...
En conclusion,
Origin se révèle être un disque aux frontières musicales indéfinies : un metal direct y rencontre une pop teintée d'éléments électroniques et atmosphériques à l'harmonie sidérante. L'essence même de l'album est condensée sur deux titres somptueux, 'Where Will You Go' et 'Even In Death', qui justifient à eux seuls le succès tant convoité du groupe.
Origin incarne donc la perfection évanescente : hors du temps, il se situe, musicalement, entre le très énergique
Fallen et le plus subtil
The Open Door, en contournant brillamment les deux gros défauts de ces derniers, à savoir le manque de profondeur de la cuvée de 2003 et l'aspect léthargique de celle de 2006.