Qu'attendre d'un groupe comme
Overkill en 1997 ? Sans déconner ? Parce que mine de rien,
The Killing Kind était tout sauf une surprise : un album de thrash bien sympa dans la forme et dans le fond, mais en retard de quelques années par rapport aux standards plus modernes dictés par les
Nevermore et autres
Machine Head. De la vieille vague, seul
Testament semblait avoir bien pigé le truc et sortait des disques qui se fondaient parfaitement dans le paysage (Low restera quoi qu'on en dise une des meilleurs performance du groupe à ce jour).
Overkill faisait alors office du groupe qui est sympa mais qui a toujours plusieurs wagons de retard, une réputation que les pauvres se traînent depuis leurs débuts. Les coups de génie à proprement parler sont assez rare, même si Horrorscope reste dans les mémoires comme un excellent skeud.
Donc autant dire que l'on attendait rien d'une nouvelle offrande de la part de la bande à
Bobby "Blitz" Ellsworth à part un disque de plus peut-être. Mais un simple coup d'oeil aux crédit suffit pour voir que l'album a été mixé par
Colin Richardson. Et en 1997, Richardson, c'est par exemple Burn My Eyes de
Machine Head qui, comme par hasard, a été mentionné un peu plus haut. Et là, forcément, ça devient forcément très excitant. C'est avec une certaine fébrilité que l'on glisse le disque dans son lecteur CD préféré non sans être resté scotché par la pochette assez inhabituelle pour la formation.
Et effectivement, nous sommes loin du heavy/thrash pratiqué habituellement par
Overkill. L'approche est délicieusement nouvelle, entièrement dans l'aire du temps, sans pour autant renier les bases du groupe, avec un groove saisissant. Pour ainsi dire, c'est une mue. Et quelle mue ! Même si on retrouve des plans typiquement thrash old school (
F.U.C.T.), la mutation est plus que sensible.
Overkill se réinvente en incorporant des éléments et une stylistique très moderne. Peut-être de l'opportunisme, mais cela fonctionne parfaitement. Ellsworth n'aura été que rarement aussi agressif dans son chant et rarement les riffs auront aussi bien sonnés. Le disque fonctionne très bien et ce dès le premier morceau, un
It Lives qui ne laisse que peu de chance au malheureux auditeur non préparé. Un tempo pesant, une violence parfaitement contenu. Le travail sur la batterie fait tout simplement mal, elle est particulièrement mise en avant et elle est plaisante, elle remplit largement son office de mur de son, qui arrive comme un tsunami. les guitares se greffent sur cette force rythmique non dépourvue de groove et même si les soli ne sont pas ce que l'on va retenir sur ce disque, on appréciera l'avancée des riffs et leur variété, les changements de rythmes suite à des breaks souvent monstrueux. Ainsi, un morceau comme
Genocya s'apparente à une sévère leçon de thrash moderne et efficace, où l'on passe de la mélodie à une brutalité qui fait plaisir à entendre, les choeurs étant tout simplement barbares. Un titre énorme.
Et l'album se propage comme une infection. Avec très peu de temps morts entre les compositions, ce qui accentue le côté compact de la chose. Et on déguste, sans discontinuer, un thrash efficace et qui n'oublie pas de rester simple et efficace quand les circonstances l'exigent.
From The Underground And Below s'apparente ainsi à un tourbillon de violence parfaitement maîtrisé. les coups sont destinés à faire mal, à arracher des cris de douleur coupables et complètement jouissifs. C'est du masochisme et ça tombe bien,
Overkill est complètement sadique. Et même si l'on notera ça et là quelques longueurs, même si l'on aurait apprécié des soli plus imposants, l'avancée du groupe fait plaisir à entendre.
From The Underground And Below n'est toujours pas l'album parfait de la part d'
Overkill, mais par ce biais, il prouve tout de même qu'il a été enterré un peu vite et qu'il a du répondant. On ne peut pas parler de rachat. Après tout, la formation n'a jamais fourni un album excellent de bout en bout, il y a des faiblesses sur chaque opus, mais on ne peut pas non plus dire qu'ils se soient gravement compromis, même si certains disques sont clairement plus faibles que d'autre.
From The Underground And Below, c'est juste un disque excellent qui vient se placer confortablement dans une carrière plus qu'honnête, mais marqué par une malchance chronique. A découvrir absolument pour les fans de thrash.