Overkill voit l'arrivée de deux nouveaux guitaristes dans ses rangs avec cet album. Le groupe a toujours su jouer sur le sang neuf pour continuer à aller doucement de l'avant, parfois en faisant salement du sur place, mais toujours avec une certaine bonhommie aussi sympathique que rare dans le milieu (disons qu'entre le sourire de
Bobby "Blitz" Ellsworth et le tirage de tronche continuel d'un Kerry King sous prozac, y a pas photo). Là, les nouveaux arrivants se nomment
Sebastian Marino, qui joua un moment avec
Anvil, et
Joe Comeau, qui deviendra par la suite chanteur pour les autres canadiens de
Annihilator.
Mais
Overkill ne va pas non plus changer radicalement de style. En une dizaine d'années, le groupe n'a guère fait évoluer son discours, variant parfois le propos entre thrash, speed et heavy metal, se classant ainsi lui même dans le lot des formations sympathiques mais sans grand plus, incapables de se remettre férocement en question. Le combo avait comme un plan de carrière bien établi, duquel il ne fallait surtout pas prendre les chemins de traverse, sous peine de se perdre ou plutôt, de peur de se perdre.
Ainsi,
The Killing Kind s'inscrit dans une logique pépère, un thrash qui aime les mid tempos, un thrash qui aime aussi prendre des accélérations bien sympathiques, propulsées par une double pédale ravageuse. Un thrash qui en somme sort du moule
Overkill labellisé et qui conviendra parfaitement aux fans qui savent où ils mettent leurs pieds. Enfin, leurs oreilles. Cependant, si l'on se base sur le contexte musical de l'époque, c'est l'une des pires idées que pouvait avoir
Overkill, que de stagner dans un style dans lequel ils sont si biens, mais qui est trop old-school pour rivaliser avec les nouveaux standards que devenaient
Machine Head,
Pantera,
Nevermore et dans une moindre mesure,
Testament qui a su anticiper cette nouvelle vague du thrash américain (même si
Pantera n'en fait évidemment pas parti, son influence sur cette scène est loin d'être négligeable). Donc on se retrouve face au bon vieux groupe qui nous sort un bon vieux album sous le sceau de la nouveauté, l'originalité en moins.
Mais plutôt que de dénigrer d'emblée le travail accompli, il convient tout de même de constater qu'il y a de très bons titres sur ce disque, comme
Battle, qui est l'équivalent thrash d'un poème, agressif, jouissif, dopé par des variations de rythmes, un petit sample extrait de Batman Returns (une scène entre Michelle Pfeiffer et Christopher Walken... Cherchez pas, c'est le genre de détail qui ne peut que me faire plaiz'). En revanche, il est vrai que la voix d'Ellsworth donne un indéniable côté vieillot à l'ensemble, toujours entre du
Manowar et du
Iron Maiden éraillée, qui nous ramène forcément des années en arrière. D'un point de vue style, rien ne se démarque franchement, sinon quelques mauvaises idées qui viennent faire grincer des dents, comme la power ballad
The Mourning After/Private Bleeding qui devient vite pénible.
The Killing Kind souffre de hauts et de bas, ce qui provoque de sacrés déséquilibres.
Rien ne sert de se focaliser sur les mauvais points. Avec
Overkill, ils sont toujours les mêmes : le groupe est souvent à la peine pour assurer une qualité équivalente sur toute la longueur d'un album, la formation fini toujours par être décrochée dans son inspiration et des chefs d'oeuvres potentielles se transforment en bonnes petites baffes. Mais en même temps, Ellsworth et sa bandent savent proposer des brûlots immédiats, qui restent facilement en tête, avec quelques refrains bien amenés, des soli endiablés qui semblent couler tant ils sont fluides. Et en définitive, c'est tout sauf désagréable à écouter, même si on se retrouve face à un des opus parmi les plus faibles des New-Yorkais.
The Killing Kind est un disque qui aurait pu sortir dans les années 80, témoin d'une certaine tradition thrash qui se perdait et qui aurait pu perdre
Overkill s'il s'était obstiné dans cette voie. L'arrivée de Comeau est une charnière en quelque sorte. Il ne dévoile pas encore grand chose, mais son apport se fera sentir sur l'opus suivant, le monstrueux
From The Underground And Below.
The Killing Kind est juste moyen, mais avec une poignée de titres fort sympathiques qui sont toujours joués en live aujourd'hui. pas de quoi avoir à en rougir pour les musiciens, mais pas de quoi fanfaronner non plus.