1986 est une année particulière au niveau du metal car elle marquait le couronnement de trois genres assez distinct. Tandis que le glam s'installait confortablement avec
Poison dont le premier effort, Look What The Cat Dragged In fut accueilli comme un excellent palliatif à
Mötley Crüe, les Guns fourbissaient leurs armes et s'apprêtaient à nous pondre un Appetite For
Destruction qui sera plus qu'une bouffée d'air frais, le hard FM devenait quant à lui très tendance avec les cartons de
Bon Jovi (Slippery When Wet) et de Europe (The Final Countdown). A côté de ce hard rock pailleté, le thrash se démocratisait largement, avec les cartons de
Megadeth,
Metallica,
Slayer et en Europe,
Kreator, pour ne citer qu'eux. Les vieux de la vieille s'en sortaient plus ou moins bien (alors que
Saxon se vautrait avec Rock The Nations,
Iron Maiden,
Judas Priest et
Queen marquaient des points avec Somewhere In Time, Turbo et A Kind Of Magic) et c'est contre toute attente un album de hard rock plus classique et plus travaillé qui va attirer l'attention ici.
Cet album, c'est Mechanical Resonance de
Tesla, un petit groupe de Sacramento formé deux ans plus tôt, dont le nom est un hommage à ce génial inventeur qui aura déposé plus de cent brevets, dont une bonne partie auront été récupérés par Edisson. La formation possède quatre atouts dans sa manche : le chanteur
Jeff Keith à la voix puissante et enjôleuse, éraillée juste ce qu'il faut, toujours bien équilibrée entre l'agressivité et la douceur ; le guitariste
Frank Hannon, aussi à l'aise à l'électrique qu'à l'acoustique et à même de placer un clavier discret sur quelques morceaux ; le batteur
Troy Luccketta qui semble avoir oublié que la tendance derrière les fûts dans les années 80 était au minimalisme, ce "poum tchac" bancal et sans saveur ; une volonté de ne pas s'accrocher aux modes pour jouer la musique qui leur plaisait.
Partant de ce constat, on peut déjà se faire une idée de la musique de
Tesla. On peut songer à une espèce de
Aerosmith moins boogie et plus posé au niveau du débit vocal, on retrouve également tout un héritage rock'n'roll mis au service de morceaux qui possèdent chacun leur personnalité propre. Entre les riffs plombés et les passages plus calmes, il n'y a souvent qu'un pas à franchir comme c'est le cas sur le génial
Modern Day Cowboy qui évolue entre l'ombre et la lumière et où Jeff Keith est tout simplement impérial, le genre de morceau ou sa voix prend énormément d'ampleur. Les soli ne sont pas typiques du hard rock ; certains pourraient se fondre sans soucis sur un album de heavy metal.
Tesla ne fait en fait rien comme il devrait le faire. Au lieu de se fondre dans un moule, ce qui était la chose la plus facile à faire, le groupe s'échine à se diversifier, au gré de morceaux courts ou longs, ces derniers étant souvent très travaillés, très construits, où la mélodie ne reste que rarement la même. La formation puise aussi bien dans les années 70 pour la pertinence de son propos, pour le côté non linéaire de sa musique que dans les années 80 pour le côté immédiat des titres les plus courts.
Que peut-on reprocher à ce Mechanical Resonance ?
Tesla fait le boulot et le fait très bien, sans se mettre une quelconque pression, sans s'arrêter aux modes, afin de conserver sa richesse et sa liberté de composition. Tout juste si on peut lui reprocher de sortir du moule, de ne pas chercher le hit interplanétaire ou au moins le titre qui passerait en heavy rotation sur MTV. En somme, de ne pas être commercial, ce qui peut être un défaut. Cela reste du easy listening, votre grand mère pourrait apprécier les ballades figurant sur cet album par exemple, ce n'est pas ce que le metal aura produit de plus plombé, mais ce n'est pas assez évident pour réellement percer, du moins en France.
Premier album et coup de maître, voire de génie, ce Mechanical Resonance ne peut pas laisser indifférent. Contournant les styles de l'époque,
Tesla offre un album de hard rock classique, aux relents heavy, avec un souffle de blues, des choeurs qui oublient d'être efféminées et s'impose avec une certaine classe. 25 ans plus tard, cet album se montre toujours aussi efficace et plaisant à écouter, ayant très bien vieilli, ce qui est un signe quand on le compare à certains produits qu'il put côtoyer dans les bacs à l'époque. A redécouvrir d'urgence.