Ce qu'il faut savoir avec
Kiss, c'est qu'il ne faut surtout pas aller à
contre-courant de ses deux têtes pensantes,
Paul Stanley et
Gen Simmons. Si cet état de fait a clairement été assimilé par le batteur
Eric Carr, le guitariste
Vinnie Vincent ne semblait pas l'avoir compris. Lui qui fut l'un des grands artisans du retour de
Kiss au premier plan avec cette approche très heavy metal qui avait permis à la formation de New York de reprendre du poil de la bête et de redorer son blason après une série d'albums moyens, il s'est retrouvé éjecté sans ménagement du groupe. Pour ne pas avoir su fermer sa gueule, très certainement. Pour le remplacer, ils embaucheront le plus discret
Mark St John qui ne fera qu'un interim en fait.
Autre problème majeur, Gene Simmons se lance dans le cinéma. Il décroche un rôle aux côté de Tom "Magnum" Sellek dans Runnaway où il joue le méchant, donc il se désintéresse pas mal de
Kiss, laissant à Paul Stanley le soin de tout gérer plus ou moins à sa guise. La participation du bassiste à la langue bien pendue est assez faible, voire même dispensable sur ce disque. Et il peut remercier un Stanley qui a su s'entourer de compositeur extérieurs doués pour maintenir le cap et éviter que le navire ne se transforme en un Titanic musical comme on pouvait le présager.
Et sous cette pochette à fourrure se cachent neuf morceaux qui essayent de faire bonne figure. A première vue, on peut se demander si
Kiss ne cherche pas à capitaliser sur le succès de combos comme
Mötley Crüe, Twisted Sisters ou
W.A.S.P. quand on découvre les looks des musiciens, assez dans la mouvance de l'époque quand ils posaient en jean et cuir sur le précédent opus. Pour ce deuxième disque version demake up, on ne savait pas trop à quel sauce on allait être mangé en somme.
Puis le premier morceau est rassurant, dans la droite lignée du heavy metal de Lick It Up.
I've Had Enough (Into The Fire) est ce genre de morceau qui fait du bien, instantanément, puissant, presque mégalo dans son approche, le fait d'un groupe fier de lui. Côté solo, on remarque que St John se place dans la mouvance des guitars heroes de l'époque, peut-être plus porté sur la technicité et la vitesse que par le feeling à l'état pur (à contrario d'un Vinnie Vincent, justement). De ce fait, il n'est peut-être pas le guitariste le plus intéressant pour
Kiss, mais il permet au groupe d'explorer encore une fois de nouveaux horizons et coller une fois de plus à son époque.
Puis à mesure que les morceaux passent, on se rend compte que la qualité générale est en dents de scie et que la puissance brute laisse parfois place à une approche plus séduisante, destiné à agripper un nouveau type de public, peu habitué aux rugosités du heavy metal. En voyant les crédits, on remarque que Stanley a fait appel à
Desmond Child ou encore à
Jean Beauvoir pour co-écrire des morceaux et le résultat est assez étonnant. Bien sûr,
Heaven's On Fire est l'un des plus gros tubes des années 80 pour
Kiss vu que Child y a saupoudré son sens du hit. Bien sûr on a le droit de crier au scandale. Et pourtant, qu'on le veuille ou non, ce titre est devenu un classique pour le groupe tandis que le très bon
Under The Gun n'est plus joué de nos jours.
Quant à Gene Simmons, il se sent tellement peu concerné qu'il ne se fendra que d'un bon titre :
While The City Sleeps, se contentant simplement du minimum syndical ou au pire, toucher le fond comme sur un
Lonely Is The Hunter franchement honteux.
Et Mark St John ? L'aventure s'arrêtera vite, à cause d'un syndrome de Reiter, qui handicapera férocement le guitariste durant la tournée. Il sera remplacé en novembre 1984 par
Bruce Kulick. Et Animalize, en définitive ? Un album qui peine après Lick It Up à trouver ses marques. Une semi déception, donc, un peut lourdingue sur la longueur et qui ne mérite pas forcément les louanges que l'on peut lire ça et là. Un disque de plus, en somme, sauvé par la seule intelligence d'écriture et d'accompagnement de Paul Stanley.