Pour
Uriah Heep, cela va de mal en pis. Le groupe ne sort pas à proprement parler de mauvais disques, mais les ventes périclitent rapidement. Le départ de
David Byron aura été un coup fatal, l'homme avait ses fans. Encore aujourd'hui, de nombreux fans coincent l'âge d'or du groupe britannique entre 1970 et 1976, sans faire d'exception. Et pourtant,
John Lawton aura fait ce qu'il a pu pour le remplacer au pied levé, s'imposant comme un très bon chanteur, mais n'arrivant pas à séduire un public très exigeant, quand
Uriah Heep se perdait en plus à parcourir d'autres horizons musicaux.
Dans ce contexte, difficile d'être serein et c'est un groupe qui est au bord de l'implosion qui enregistre Fallen
Angel en 1978. La pochette est une adaptation de l'illustration de
Chris Achilleos (souvenez-vous,
Metal Hurlant, c'est lui en partie) et s'ouvrait à l'origine verticalement pour découvrir une guerrière venant de terrasser un sanglier, peut-être bien une vision de la chasseuse qui a vaincu la Bête de Londres dans les légendes. Et le disque, pour du
Uriah Heep, est étonnamment court : moins de quarante minutes au compteur dans son format original (une bonne heure avec les bonus pour le remaster de 2004).
Et ce qui frappe tout de suite, c'est cette volonté de ne pas s'enfermer dans un style et de se donner avec plaisir dans divers registres. Le disque prend donc des contours assez joyeux, voire complètement délirant. Difficile parfois de se dire que l'on a bien à faire au même groupe quand on reste scotché devant une espèce de disco rock remuant (
Whad'ya Say)... franchement réussi. C'est simple, si
Ken Hensley avait décidé de vendre son titre à Sheila plutôt que de le garder pour
Uriah Heep, sa fortune était faite. Sans trop d'exagération, la solution est envisageable, la mélodie entraînante en fait un tube en puissance, malgré la guitare assez agressive de
Mick Box, toute en retenue. Il y avait de quoi enflammer les dancefloors.
Aussi, au milieu de titres assez calibrés, il est presque étonnant de se confronter au heavy
I'm Alive où Box fait rugir sa guitare de façon intéressante, comme pour prouver qu'il n'était pas encore mort pour le style. Lawton livre également une excellente prestation derrière le micro, mais c'est sur
Lee Kerslake que l'on se tourne : le batteur a un jeu riche et varié et quand il décide d'appuyer son style, il se montre très percutant. D'ailleurs, à l'écoute de l'album, il est l'un des grands vainqueurs, à la fois raffiné et vindicatif, très présent et adaptable.
Fallen
Angel est vraiment un disque particulier, très coloré, imagé, subtil. Si certains titres sont plutôt niais, peu concluant, d'autres tirent incontestablement leur épingle du jeu même si le hard rock des débuts est loin, même si ce qui faisait le charme de
Uriah Heep s'est un peu perdu dans cette tentative désespérée de se raccrocher à un maximum de wagons pour ne pas perdre pied. Mais en 1978, avec ses choeurs d'un autre temps, le groupe était alors déjà kitsch.
Queen l'avait compris et avait évité de nombreuses erreurs sur Jazz la même année.
Uriah Heep, lui, n'a pas su s'adapter à fond. Cependant, il convient de préciser que l'album peut être très attachant si on est ouvert d'esprit. il est en effet facile de prendre son pied sur les morceaux les plus improbables, dont ce
Whad'ya Say très réussi. Un comble, presque !
Si Fallen
Angel est un plantage niveau vente aux USA, il sera en revanche l'un des plus grands succès du groupe en Allemagne. Mais cela ne servira pas à grand chose, le groupe n'est plus que l'ombre de lui-même et ne vit plus, il s'effrite. Lee Kerslake et John Lawton ne tarderont pas à quitter un navire qui part de plus en plus à la dérive et Hensley n'arrivera cette fois-ci plus à garder le cap.
Uriah Heep ne le sait pas encore, mais il s'apprête à vivre des heures bien noires...