Feel The Fire avait, malgré des hauts et des bas, permis à
Overkill de se faire remarquer. A la décharge des New Yorkais, précisons tout de même que la grosse pomme n’est en rien un vivier thrash très représentatif de la scène US et que la concurrence d’
Anthrax, arrivé le premier sur l’échelon national, n’arrange en rien les affaires de
Bobby « Blitz » Ellsworth et de sa bande, qui apparaissent alors comme des suiveurs sans grande originalité. Effectivement, entre les influences
Metallica et
Iron Maiden clairement présentes, difficile de dire que
Overkill est un groupe de grands créateurs.
Mais revenons plus de vingt ans en arrière. Une époque bénie pour certains, où le metal n’était absolument pas prise de tête, où le but était d’envoyer la sauce et de se faire plaisir, sans placer des plans injouables pour le guitariste moyen. Une décennie faite de simplicité apparente où la musique était devenue une espèce de McDo, un fast food où les kids venaient se servir à leur gré, Mc Paillettes ou Mc Bourrin, au choix, avec alcool à gogo et selon le menu, les femmes à poil qui vont avec.
Overkill, lui, était un parfait produit de son époque alors, direct, simple et efficace, sans riffs cérébraux ni recherche stylistique avancée. De quoi reconsidérer de façon moins pragmatique un album comme Taking Over de nos jours.
Et finalement, ce disque est bien sympathique, dans la lignée de son agréable grand frère, avec sa répartition entre tueries speed et mid tempos ravageurs. Les scenarii ne changent pas beaucoup, on arrive juste à une confirmation un peu dérangeante, celle que
Overkill ne sera jamais LE grand groupe, qu’il ne parviendra jamais à s’imposer réellement, mais que la formation a les clés en mains pour faire une carrière honnête, ce qu’ils ont prouvé début 2010 avec Ironbound, leur dernier bébé en date.
Sur Taking Over, les influences sont souvent mieux digérées, même si elles viennent vous sauter au visage comme une de ces bestioles qui s’éjectent des œufs des Aliens pour vous pondre directement dans l’estomac.
Fear His Name, c’est du
Iron Maiden passé à la sauce thrash.
Use Your Head s’apparente à un rejeton mal formé de
Metallica. En revanche, des relents punks de bon aloi apparaissent ça et là, comme sur l’irrésistible
Wrecking Crew, véritable ode au déboîtement de vertèbres cervicales, le genre de titre qui fait très, très mal durant les concerts, un condensé de violence qui fait plaisir à entendre. A noter également le très bon
In Union We Stand, qui se rapproche plus du heavy metal à la
Judas Priest dans l’esprit, avec un refrain entêtant, repris en chœur par le groupe, qui s’impose lentement mais sûrement comme une autre pièce maîtresse du répertoire d’
Overkill.
Mais comme pour
Feel The Fire, le combo peine à tenir la distance sur la longueur et en neuf titres pour à peu près quarante minutes, ça la fout un peu mal tout de même. Alors oui, la musique d’
Overkill est jouissive, mais il lui manque ce petit plus, cette touche de grandeur qui lui permettrait de s’imposer et d’écraser la concurrence sous son talon.
Mais ne considérons pas
Overkill comme un groupe de thrash du pauvre. Le résultat reste satisfaisant et si les débuts peuvent paraître tâtonnant, le meilleur reste à venir après tout. Taking Over est un album qui contient déjà de très bonnes idées, mais qui peine à s’épanouir complètement. Il lui manque le goût de l’aventure, mais les fans du style peuvent se jeter dessus : il fleure sacrément bon les dessous de bras.