Alors que
Blue Öyster Cult arrivait à nouveau à imposer le respect avec des albums de très grande qualité mais sans pour autant recevoir l'appui nécessaire du public, un peu réticent à l'idée de donner sa chance à nouveau à un dinosaure qui aura souvent proposé une musique difficile d'accès,
Albert Bouchard quitte le navire. Et c'est un réel coup dur. car non seulement l'homme est un batteur de talent capable d'alterner sans sourciller frappe lourde et groove aérien, mais il est également l'un des compositeurs parmi les plus intéressant du groupe. Souvenez-vous de
Heavy Metal (The Black And Silver) ou
Joan Crawford sur
Fire Of Unknown Origin par exemple pour vous rendre compte de la qualité d'écriture. Et un malheur n'arrivant jamais seul,
Martin Birch ne produira pas le nouvel opus de
Blue Öyster Cult.
Aïe.
Un nom est annoncé à la production et ce n'est pas n'importe quel nom :
Bruce Fairbairn qui s'était fait les armes sur les multi platines Loverboy et qui explosera la baraque quelques années plus tard avec le Slippery When Wet de Bon Jovi, une sacré référence dans le domaine du hard FM. Et là, on met le doigt sur un terme qui ne colle pas avec les deux opus précédent : hard FM.
The Revölution By Night arrive en 1983, après une série qualitativement plus que satisfaisante pour le culte de l'huître bleue. En jetant un coup d'oeil aux crédits, on remarque que
Eric Bloom est plus présent à l'écriture et que de nombreux compositeurs extérieurs sont cités, dont l'idole punkette
Patti Smith, ainsi que de vieilles connaissances comme
Sandy Pearlman, au milieu d'autres que l'on avait pas pour habitude de voir associé au BÖC. Ce n'est pas forcément engageant. Ce n'est non plus pas un gage de plantage. Tout dépend des morceaux et de l'interprétation qui en est faite.
Et très vite, on comprend que quelque chose est cassé. Le son est moins heavy, plus léché. Et surtout, l'approche semble grandement simplifiée par rapport à ce qui se faisait sur
Fire Of Unknown Origin. Il sera difficile de passer cette référence, la plus directe que l'on ait pour
The Revölution By Night. On ne va pas blâmer
Rick Downey qui remplace du mieux qu'il le peut Albert Bouchard. Il joue ce qu'on lui demande de jouer et le fait convenablement. Ce sont juste des parties plus faiblarbes, composées pour coller à un style plus soft, et très accessible.
Parce qu'ici,
Blue Öyster Cult est accessible. Et ça, ça fait mal. Certes, il y a bien eu Mirrors qui œuvrait dans une voie quasi similaire de rock californien pour ado, mais là, le goût en bouche est bien plus cuivré, come celui du sang. On se mord en effet les lèvres et l'intérieur des joues à l'écoute de certains titres qui sont bons pour passer sur les radios pour routier, du rock US pour faire de la route, oublié à peine entendu (
Eyes On Fire,
Light Years Of Love,
Shooting Star, morceau de bravoure de l'album avec ses sept minutes, injustement construit autour d'un poème de Patti Smith...). Des ballades pleines de claviers sirupeux où l'on ne reconnait pas le jeu stylé de
Allen Lanier. Et on se dit avec horreur que ce n'est pas le même groupe qui a juste réussi à pondre l'introduction de
Joan Crawford deux ans plus tôt... Du sirop pour les guêpes.
Même certains morceaux plus électriques ne tiennent pas leurs promesses. Si un riff peut sembler intéressant, des choeurs indigestes ou des passages trop convenus viennent casser l'ambiance.
Shadow Of California et
Let Go sont du coup deux titres à potentiels qui passent à la trappe, juste agaçant, pas assez emballant.
Eric Bloom arrive à tirer son épingle du jeu en revanche, avec un
Take Me Away gentiment FM où il peut faire montre de ses capacités vocales sur un refrain catchy et le plus frondeur
Feel The Thunder dont la plus grosse erreur est de figurer sur cet album. Le reste se ballade entre le dispensable et l'agréable.
Bref, il y a un constat d'échec flagrant sur
The Revölution By Night... On peut également parler de trahison vu le revirement de style effectué. Pourtant, ce disque parvient à conserver quelques belles cartouches, fort sympathiques mêmes, mais qui ne sont pas sur l'album qu'elles méritent.
The Revölution By Night entame donc une ère de déclin pour
Blue Öyster Cult, presque injuste au vu des capacités d'écriture des musiciens. Et l'amour que leur portera le jeune
Cliff Burton de
Metallica ne suffira pas à réhabiliter le groupe auprès des kids...