Chronique de Things Viral
- Chaos -
Au Commencement, il n'y avait rien. Le néant. Le vide...
Un vide qui s'organise, peu à peu. La lumière n'est pas encore apparue. Et pourant, une athmosphère est déjà présente, pesante. Lente, agonique, elle englobe tout. Lourde. Lourde du poids du Néant, elle vous écrase. Khanate s'amuse avec nos nerfs. Bien plus que de la musique, Khanate, comme beaucoup de groupes de Drone, joue sur les espaces entre les "notes", mais avec une maestria hors du commun des mortels. L'imagination prends le dessus, pour quelques secondes seulement de "repos", jusqu'à ce que... La Voix arrive. Sur des notes simples, angoissantes, au dessus d'un tambour monolithique. Elle se greffe là, maladie incurable, vomissant de ses phrases saturées une Apocalypse déjà parmi nous. Car il faut se rendre à l'évidence, le but de Things Viral n'est pas porté sur la musicalité ou les notes jouées (bien qu'elles soient tout à fait en accord avec le concept), mais bien sur l'absence horrifiante de tout.
- Absence, Présence -
Bien que Khanate joue sur l'absence et veuille nous faire imaginer la Fin, le Rien avec un grand R, une présence règne sur le disque. Une aura plombante. Très lent, Things Viral n'en est pas pour autant ennuyeux. Il nous fait, par son son infiniment épais, pratiquement toucher ces vibrations qui nous remuent dans le corps entier. Vous n'êtes rien, et vous dérivez, lentement, imperturbablement, dans le vide cosmique. Rien ne vous arrêtera. Vous n'êtes rien.
Ce périple devient éprouvant, épuisant. Et là se révèle toute la puissance de inaccessible musique de Khanate.
- Euthanasie des Sens -
Le disque vogue sur les eaux de la folie. Pas cette sympathique folie douce, non...Cette folie pure, inaliénable. Cette injection infernale absorbée à plein casque brise le cerveau. Brise tout ce qu'on a cru comprendre jusque là. Tel un miroir reflétant le sombre côté des choses, lors de l'écoute de Things Viral, l'espoir n'est plus qu'on mot, perdu parmi des milliers d'autres, et dont vous n'êtes même plus habilité à en comprendre l'idée. Ni vous, ni personne, ni rien ne peut changer quelque chose à cela. Un mal-être profond, enkysté. Extrêmement angoissante, "Too close enough to touch" annonce le déclin. Elle s'infiltre dans votre tête, pour, comme un cancer, ne plus la lâcher, et la détruire. Car le disque Things Viral est maintenant terminé. Une pensée de libération traverse notre esprit. Et on se souvient. On se souvient de ce qui s'est passé, le traumatisme audio que l'on vient de subir. Car plus jamais rien ne sera pareil. Non, un disque de Khanate ne s'arrête pas. Il vous hante. Il fait maintenant partit intégrante de vous.
Khanate, donc, livre ici une des choses les plus malsaines jamais créées, ravalant Noctural Depression en tant que générique d'un dessin animé pour enfant, et la majorité des albums de Black Metal se voulant "éprouvants" au rang de comptines pour le soir. Cet album est noir, malfaisant et agrippe à vous pour ne plus jamais en décrocher. On peut noter deux choses, pouvant être, au choix, petites erreurs ou bien petit plus, tout dépendra de l'écoute, le morceau "Dead", qui marque enfait une sorte de break dans l'album, puisqu'au premier abord, moins recherché et torturé que les autres titre, et le morceau "Fields", qui traine un peu en longueur (peut-être est-ce pour jouer sur le tableau de l'hypnotique). Quoi qu'il en soit, cet album est une très grande réussite, aussi bien dans l'idée, menée à son paroxysme, que dans la réalisation, avec des murs épais et ultra-saturés de brouillard sonore accompagnés d'une voix totalement en décalage. Khanate montre ici son talent à aller plus loin que la musique, nous portant doucement, avec quelques chaos, sur la route tortueuse des Limbes.
Un album qui est à écouter absolument au casque, pour une plus grande immersion, fort, éventuellement dans le noir.