1982. Sur album,
Queen n'est plus la machine bien huilée que l'on a connu dans les années 70. Si les britanniques avaient parfaitement su gérer l'émergence du punk en 1977, alors que leur style baroque les destinait quasiment à une mort certaine, le passage des années disco est plus difficile. Entre un BO de film calamiteuse (Flash Gordon) et The Game, un album qui voyait pour la première fois l'utilisation des synthétiseurs dans sa conception, les fans ont eu du mal à concevoir que leur groupe fétiche avait fait des concessions pour fêter le passage aux années 80. Avec Hot Spaces, le groupe se heurtera même à un désaveu complet, d'une large part de son public (même si le disque tend de plus en plus à être réhabilité un peu partout, surtout chez les fans les plus jeunes, pas forcément passionnés de hard rock). Et pourtant,
Queen continuait à attirer du monde à ses concerts et surtout à assurer des shows énergiques.
En témoigne ce double album live, enregistré sur la tournée de 1982, celle qui soutenait donc ce désespérant Hot Spaces et que EMI a ressorti des placards en 2004, comme un cadeau pour les fans. C'est mieux qu'une énième compilation désespérante. On peut se demander pourquoi cette tournée en particulier, pourquoi ne pas s'attarder sur des prestations de 1977 ou 1976 justement, à la grande période en somme...
Comme cela a été dit,
Queen assure sur scène. C'est son élément. Son domaine de prédilection.
Freddie Mercury a toujours eu le chic pour se mettre le public dans sa poche. Appelez cela le charisme si vous voulez. c'est la vérité, après tout. Et pourtant, ici, l'introduction est étrange. Pas forcément déplaisante, mais presque incongrue. En effet, le diptyque
Flash/
The Hero n'est pas forcément la manière la plus intéressante commencer le show. il s'agit plus d'une mise en jambe avant un
We Will Rock You (fast) comme d'habitude meurtrier. La guitare de
Brian May rugit,
Queen reste un groupe qui sait envoyer la sauce comme personne.
C'est pour ça que l'enchaînement avec
Action This Day de Hot Spaces passe mal. Le style est plus sautillant, mais quelque chose manque. Bien sur, par rapport à l'album, la version live se veut plus organique, même si
Roger Taylor assume un kit de batterie électronique mêlée à l'acoustique. Les titres de ce disque ne seront pas forcément les plus intéressants sur ce live. En effet, là où les extraits de The Game gagnent nettement en puissance (
Dragon Attack prend même des allures menaçantes), ceux-ci conservent un aspect synthétique désagréable à l'oreille. Bien sûr,
Under Pressure sera l'exception qui confirme la règle, ce morceau étant plus dans la lignée du
Queen traditionnel.
Et sur ce double album live, on trouve deux morceaux qui font plaisir à entendre :
Somebody To Love et
Fat Bottomed Girls, deux titres qui ont été un peu injustement oubliés sur l'excellent et légendaire Live
Killers paru en 1979, qui prennent une dimension particulier sur scène. Le premier offre à Freddie Mercury de faire montre de son talent, avec générosité, tandis que le second permet au groupe d'appuyer sur la pédale "heavy", et d'offrir une version bien plus lourd que sur le mésestimé Jazz. Une façon de se rendre compte qu'il devait être difficile pour la formation anglaise d'établir des set-list susceptibles de plaire à tout le monde avec un répertoire aussi riche et varié.
Cela a été dit,
Queen est un groupe efficace sur scène. Les morceaux les plus puissants de leur discographie passent comme une lettre à la poste.
Tie Your Mother Down et surtout
Sheer Heart Attack sont de véritables rouleaux compresseurs, rageurs, en totale opposition avec l'image que l'on peut se faire de
Queen en général... A côté, des morceaux plus étranges sont toujours aussi impressionnant, comme cette expérience quasi sexuelle qu'est
Get Down Make Love, surréaliste et unique dans son genre. A côté de cela, les ballades sont toujours aussi appréciées par un public qui mange dans la main du groupe, qui lui pardonne un Hot Spaces qui n'est pas dans leurs attentes... La superbe
Save Me, la non moins réussie
Love Of My Life sont toujours de grands moments d'émotion, où
Queen est en complète communion avec ses fans. Des moments d'une intense beauté, où la simplicité des mots choisis fait mouche.
Alors pourquoi juste ce 6.5/10 là où le
Live At Wembley '86 caracole à 8/10 et le live
Killers à 9/10 ? Juste parce que la set-list est parfois un peu bancale, tournée promotionnelle oblige ? Parce que l'on est obligé de se taper le même solo de guitare, celui que Brian May intègre habituellement à
Brighton Rock en concert ? Parce que la fin du show n'apporte plus aucune surprise ? Vu que les quatre derniers morceaux sont les mêmes que sur le
Killers ? Parce que ce disque aurait du sortir du vivant de Freddie Mercury ? A une époque où
Queen avait justement besoin de prouver qu'il n'était pas perdu ? Que ça ressemble à un moyen de faire un peu de fric facile ? Un peu de tout ça, certainement, l'effet nostalgique fonctionnant moins avec un produit paru avec 22 ans de retard face à un autre qui sort un an après le décès malheureux de Freddie Mercury...
Bien sûr, la note n'est qu'indicative. On ne va pas non plus dire que puisque s'est estampillé
Queen, c'est bon. Voire très bon. Le groupe a aussi ses ratés (ce qui le rend plus humain !). Mais ça reste un bon album live pour connaître
Queen de la meilleure façon possible en définitive, avec une vue de carrière assez large, mêlant la partie la plus riche avec une autre, pas forcément pauvre, mais moins intéressante, plus facile. Ceux qui connaissent déjà bien la carrière du groupe peuvent hésiter, mais la pioche peut être bonne. De toute manière, à part l'ignoble Live Magic, un enregistrement en concert de
Queen demeure toujours une bonne pioche.