Après deux albums qui n'ont pas convaincu les foules,
Motörhead se devait de réagir. Malgré de bonnes idées, 1916 et March Ör Die ne tenaient pas toutes leurs promesses et le ralentissement du tempo n'a franchement pas plus aux vieux fans. Sortir un autre album dans cette lignée aurait donc été un suicide commercial.
Lemmy et sa bande décident donc d'opérer une marche arrière nécessaire pour leur survie.
Bastards, c'est un album de
Motörhead pur jus. On retrouve une hargne communicative, qui fait plaisir à entendre. Qu'on crache un e dent ou deux après quelques morceaux n'est pas grave, le plaisir est là, complet. Enfin, presque complet. Nous sommes en 1993, pas en 1979 et
Motörhead ne jouit plus de la même faculté de pouvoir balancer un pur disque de hard'n'roll comme à l'époque bénie de
Fast Eddie Clarke, même si Bastards s'accroche solidement, les chicots solidement plantés dans les cuises.
Déjà, l'ouverture fait mal comme il le faut.
On Feet Or On Your Knees est un défouloir limite punk, couplé à un
Burner qui oublie de faire dans la dentelle. C'est speed, c'est méchant, ça fait du bien par où sa passe.
Mikkey Dee s'impose enfin derrière les fûts avec sa frappe titanesque, moins inspiré que celle de Taylor, mais qui colle bien au
Motörhead plus sec, plus incisif initié sur cet album. D'ailleurs, toute la première partie se porte très bien et ironie du sort, c'est un ballade qui fait office de point central, de véritable charnière à ce disque. En général, les ballades et
Motörhead, ce n'est pas forcément inoubliable ; cependant
Don't Let Daddy Kiss Me ne laisse pas indifférent. le sujet est grave, vu qu'il traite de l'inceste. Lemmy se glisse dans la peau d'une enfant et le résultat est lugubre (et pas parce qu'on imagine une gamine avec les verrues et la moustache de Lemmy), résolument malsain et ne peut pas laisser indifférent. Peut-être bien le point d'orgue d'un album haut en couleur. On peut également noter un très bon
Born To Raise Hell qui propose quelque chose de très rock, un mid tempo efficace. En single, cette chanson sera d'ailleurs interprétée avec
Whietfield Crane (Ugly Kid Joe) et
Ice-T (Ice-T,
Body Count...).
Malheureusement, passé
Liar, l'album devient quelque peu insipide. Il commence à traîner en longueur et surtout, on ne retrouve ni la pêche, ni l'inspiration du début, absolument jouissif. Alors oui, une seconde ballade n'est pas forcément une bonne idée, aligner des titres poussifs non plus. Si ces derniers avaient été disséminés au milieu des premiers, peut-être que l'album ne lasserait pas de cette manière passé un moment. Mais attention, passer à côté de cet album en fonction de cette appréciation serait une erreur. Bastards renoue avec un certain style, volontiers rentre-dedans, comme si
Motörhead avait décidé de revenir à un style qui lui correspond parfaitement après des détours qu'il n'aurait pas du prendre.
Bastards, c'est donc une renaissance. Assez rock'n'roll, dur et jouissif pour plaire à un grand nombre. Pas parfait, bien sûr, mais
Motörhead peinera toujours pour sortir un album qui n'aura pas à rougir de la comparaison avec les classiques de la fin des '70 et du début des '80. Bref, Bastards, on y goûte et on y prend goût. Et Sacrifice, l'album suivant, sera bien plus jouissif. Autant commencer petit bras et prendre son pied sur les perles de ce disque avant.