Dans la masse incommensurable de ces groupes méconnus, besogneux artisans laborieux œuvrant dans l’ombre de plus illustres, certains mériteraient de ne pas finir dans l’oubli alors que d’autres honteux opportunistes sans talents autres que celui de s’inspirer, souvent sans génie, de glorieux évolutionnaires, ou révolutionnaires, ne mériteraient, quant à eux, rien d’autre que de subir l’indifférence méprisante du peuple qu’ils tentent d’abuser. Si par le passé les italiens d’Heimdall aurait assurément été affublé, de ma part, de ce jugement coupable, et admettons le quelque peu excessif, au nom de honteux attentistes indignes, au son de deux albums guère convaincant, Lord of the Sky (1998) et Temple of the Theil (2000) ; il n’est pas évident qu’aujourd’hui, à la mesure de ce Hard as Iron (2004), le procès soit aussi défavorable. Et bien au contraire il apparait, devant les nouveaux éléments à décharges, qu’Heimdall pourrait, sans infamie, prétendre à un honorable statut justifié.
Pour expliquer un tel retour en grâce mérité il nous faut sans plus tarder aborder ce que fut, autrefois, les tares les plus insupportablement atroces de la musique de ces transalpin. Il nous faut donc évoquer les errements fautifs d’un Claudio Gallo dont les aigus approximatifs venaient constamment dévaster les efforts bâtis par les musiciens de ce groupe. L’hérésie de ces chants catastrophiques exprimaient le pire en deux premières œuvres dévoué à un Power Metal dont les stigmates inhérent à l’école italienne du genre étaient, non seulement, une évidence flagrante, mais aussi, et c’est autrement plus embarrassant, dont le propos demeurait sans véritable inspiration. Exsangue d’un véritable caractère personnel mais pas totalement inintéressantes, ces œuvres condamnaient, du moins le croyait-on, Heimdall à n’être rien d’autre qu’une entité négligeable à l’expression anecdotique.
La véritable prouesse qu’accomplit le groupe, fut de véritablement changer ses faiblesses en forces. En remplaçant son chanteur médiocre, Claudio Gallo, par Giacomo Mercaldo ; il fit un premier pas vers un nouveau visage plus prometteur. En s’éloignant de cette volonté commode de composer une musique bien trop impersonnel sur un très bon The Almighty (2002) ; il en fit encore un autre. Et en sortant ce Hard As Iron (2004), il fit celui qui devait, définitivement, le différencier de ce groupe immature, moyen et sans âme qu’il avait été autrefois.
Pourtant ce supplément d’âme pourrait être insignifiant, s’il n’était pas accompagné, sur cette œuvre, de quelques éléments relativement atypiques.
En premier lieu, évoquons ces chœurs symphoniques.
Usé avec un parcimonieux discernement, ils ont, aussi, la délicieuse caractéristique d’être chantés en des intonations médium-graves leur conférant une sorte de solennité bien plus efficaces que celle escompté par ceux qui, nombreux, empile instruments classiques et effets orchestraux les uns sur les autres.
Parlons ensuite de Giacomo Mercaldo qui, prenant un contrepied délicieux aux poncifs inhérent au genre, se complait à s’exprimer le plus souvent possible en de délicieuses inflexions, elles aussi, graves, justement, formidablement mise en valeur par ces chœurs. Le résultat s’enrichis donc d’une profondeur dramatique admirable.
Notons aussi la présence subtile de pianos et clavier qui, sans être envahissant, soulignent intelligemment les différents climats de ce disque.
Ainsi en une démarche développant un Power Metal mélodique et progressif aux riffs un peu plus agressif que sur ces précédents efforts, Heimdall nous propose l’accomplissement de plaisir remarquable. Citons, pour étayer cette évidence, des morceaux tels que les excellents Hard As Iron, Midnight, Moon Red Light, ou encore, par exemple, The
Emperor, dans lesquelles, spécificités constante tout au long de cette œuvre, les nuances sont multiples, les variations incessantes sans être absconses, les guitares efficaces, les voix usées à bonne escient et les refrains superbes. Et même lorsque le groupe s’égare dans les méandres de ces titres qui ne sont souvent qu’accablantes ballades dispensables ; il le fait avec beaucoup de talent (Black Heaven).
Loin des attitudes stériles sophistiquées de nombres de groupes, Heimdall, avec ce Hard As Iron, nous offre un excellent album d’une simplicité et d’une efficacité déconcertante. Nul doute que l’œuvre aurait mérité de trouver son public et de consacrer, comme il se doit, un groupe qui aura su, avec le temps, apprendre de ses erreurs. Nul doute qu’il n’en a pas été ainsi et nul doute qu’il n’en sera, malheureusement, jamais ainsi.