Gamma Ray est devenu un cas. En effet, comment un groupe mené par l'un des papes du speed mélodique a-t-il fini par se transformer en une espèce de pilleur de tombe ? Comment une formation guidée par
Kai Hansen, apôtre avec
Helloween, St Patron tandis que les Citrouilles sombraient durement avec
Pink Bubbles Go Ape et Chameleon et que lui prêchait la bonne parole avec conviction et amour tandis que le genre s'enlisait, a-t-elle pu s'abaisser à devenir une espèce de tribute band du pauvre ? Bref... Mieux vaut se souvenir de
Gamma Ray pour la période des années 90, où le groupe a su se sublimer de disque en disque, jusqu'à Powerplant qui fut pour beaucoup le Saint Graal de ce que l'on nommait presque affectueusement le "true metal". Parce que les années 2000 n'auront été qu'un long déclin, avec des sorties plus disparates, et une accumulation de clins d'oeils gênant musicalement parlant. Qu'une formation fasse un plan à la
Judas Priest ou à la
Iron Maiden sur une chanson passe encore. Que cela devienne quasiment systématique est dérangeant.
Land Of The Free II, qui aurait du être une pièce maîtresse, est devenu ainsi l'album de la honte pour les sympathiques Allemands, qui ne s'en sortent plus et qui se sont fait rejoindre, puis dépasser en terme de popularité par
Helloween.
Aussi, l'annonce d'un nouvel album subtilement intitulé
To The Metal ! n'est pas pour déchaîner les foules. Kai Hansen et ses sbires tournent-ils encore en rond au point de sortir un disque dont le nom sonne comme une mauvaise repompe de
Manowar ? Au moment où les petits copains de
Helloween sortent une compilation de titres réarrangés de A à Z et qui va faire couler beaucoup d'encre, hélas dans un sens très négatif,
Gamma Ray produit-il un nouvel opus archi convenu et sans surprises ?
Il y a de ça. Mais ne jetons pas la pierre tout de suite, il vaut mieux viser avant, ça fait plus mal.
Disons-le, le single,
To The Metal, est une arnaque. Kai Hansen récidive et ça devient franchement gênant. cette fois-ci, c'est
Metal Gods de
Judas Priest qui est gentiment pillé pour les besoins d'un titre catchy. C'est pénible. Le morceau n'est même pas génial en prime, trop racoleur, trop malhonnête pour réellement
exciter les foules, sauf les fans invétérés du combat qui fermeront une fois de plus les yeux, peut-être. Il est énervant de voir qu'il sert de carte de visite pour l'album parce que le reste n'est pas forcément dans la même lignée, même si les arpèges introductifs de
Rise ne sont pas sans rappeler
Iron Maiden.
Gamma Ray revient aux affaires, avec un album de
Gamma Ray. On retrouve des riffs rapides, une batterie frapadingue sans réelle subtilité et un Kai Hansen en grande forme derrière le micro. Mais avant d'en tirer des conclusions hâtives, il est bon de dire qu'il s'agit juste d'un album de plus. Il manque de variété, il manque de ce petit plus qui rendait Powerplant si savoureux. La machine se bloque sur le mode défouloir et n'en change pas souvent.
Bien sûr, près de trente ans de carrière, ça use un homme, ça rogne sur l'inspiration. Mais Kai Hansen ne se laisse pas abattre et encore une fois, il est un des principaux artisans de son groupe, pour le meilleur et pour le pire. S'il accepte volontiers des concessions dans sa façon d'écrire (une voix féminine le seconde sur deux titres,
Michael Kiske fait une apparition très remarquée sur le refrain du bon
All You Need To Know), il laisse également le champ libre à ses comparses qui y vont de leurs morceaux, avec plus ou moins de bonheur. Si
Henjo Richter reste discret, il s'affirme sur le papier avec des morceaux qui essayent de s'émanciper un peu du registre habituel de
Gamma Ray en y apportant technique et fantaisie, tandis que
Dirk Schlächter se mange complètement sur ses deux compositions,
Shine Forever au refrain joyeux absolument insupportable et la ballade
No Need To Cry à oublier en vitesse.
To The Metal ! en définitive, c'est un album de plus pour
Gamma Ray. On ne s'ennuie pas, mais on est pas emballé outre mesure. c'est facile par moment, prévisible. Il est vrai que le style n'est pas connu pour se renouveler avec génie. Et que c'est parfois dans la stagnation que l'on obtient les meilleurs résultats. Il n'empêche, certains morceaux sont destinés à connaître une belle carrière sur scène, mais le disque, lui, ne restera pas dans les annales. On commence hélas à en avoir l'habitude avec
Gamma Ray. Le constat d'échec n'en devient que plus amer.