Qui était prêt à miser sur
Saxon après leur premier album éponyme ? Qui était prêt à certifier que ce groupe allait donner l'équivalent d'un coup de boule à la scène metal de l'époque dès son second opus ? Personne ne lève la main ? C'est normal. Parce qu'il faut convenir que le premier disque du groupe est juste sympa. Encore mal fagoté, mêlé d'influences diverses et variées, allant du mordant de
Motörhead au raffinement de
Uriah Heep, les anciens Son Of A Bitch avaient sorti un opus franchement bâtard, qui ne dévoilait pas grand chose de leurs vraies aptitudes.
Aussi,
Wheels Of Steel arrive en
1980 pour remettre les pendules à l'heure. et ça fait mal. La pochette est un indice en soit : un aigle qui surmonte une roue de moto frappée du logo du groupe. Si ça ne sent pas le biker à plein nez, c'est qu'il s'agit d'une roue de vélo.
Heureusement, les premières secondes de
Motorcycle Man nous rassurent. Le vrombissement d'un moteur, le doux son d'une mécanique bien huilée et c'est parti pour un titre puissant, immédiatement assimilable, fédérateur. L'ombre de
Motörhead n'est pas loin, et on est ici dans un genre intermédiaire. Trop virulent pour du hard rock, trop haché pour être du heavy metal à proprement parler. Un trait d'union entre deux genres majeurs, débordant d'énergie, crade et suintant la graisse. Les guitares sont rêches, elles se battent lors de soli endiablés tandis que la section rythmique tabasse sévèrement, dans la recherche de l'efficacité avant celle du groove.
Et ce n'est pas pour dire, mais la cadence est infernale tout du long.
Biff Byford et sa bande se livrent à un jeu de massacre lancinant, sans que ce soit la course à la vitesse. Bien sûr, pour l'époque, c'est relativement rapide. Le refrain de
See The Light Shining est un véritable défouloir avant un break qui vient poser le tout. Et la voix de Byford fait merveille, éraillée ce qu'il faut pour qu'elle soit rugueuse - et délicieuse - à l'oreille. Et ça castagne sévèrement.
Machine Gun est une autre tuerie, ponctué de soli de folie, qui achève l'album sur une notre brutale pour l'année
1980. Et le tout, en conservant un esprit très rock, très bien balancé et pensé.
Bien sûr,
Saxon sait également se poser. Des titres comme
747 (Strangers In The Night) et
Suzie Hold On sont la preuve que le groupe sait s'adapter et, jouant sur la mélodie plutôt que sur l'efficacité brute, arrive à proposer des variations de styles qui fonctionnent plutôt bien.
Bref, pour l'instant, des classiques à la pelle. Mais le disque n'est pas parfait pour autant. Autant ça carbure, autant parfois, les pots d'échappement ont des ratés. Ainsi, le morceau titre, pièce maîtresse lors de concerts, peut rapidement devenir pénible avec son refrain répété jusqu'à plus soif. Entendre des "Wheeeeeeeeels, Wheeeeeels of steel" sans vraiment avoir le sentiment que ça mérite six minutes, ça gave. Vilain. Certains titres sont également plus faibles, comme
Freeway Mad ou
Street Fighting Coming, qui ne se mémorisent pas instantanément par rapport aux autres compositions. Et encore, on peut appeler ça chipoter.
Wheels Of Steel, c'est un parpaing. Solide, bien amené, indéniablement rock'n'roll.
Saxon commence à définir son style et l'évolution sera encore nette sur le prochain album, qui sera une ode au heavy metal. Pour le moment,
Saxon se glisse tranquillement dans le peloton de tête de la NWOBHM. Il en sera d'ailleurs l'un des seuls rescapés. La preuve qu'un bon album ne suffit pas pour perdurer. Et avec
Wheels Of Steel,
Saxon nous en offre un excellent.