Comment réagir face à cette dangereuse léthargie dans laquelle les transalpins de
Labyrinth semble, inexorablement, se complaire ? La question est d’autant plus cruciale que la blessure demeure artistiquement handicapante. Le malaise profond né après certaines désillusions dont il fut la victime impuissante, et dont il ne parvient pas à se libérer, pèse en effet lourdement sur sa musique, certes, bonne mais insuffisante à, réellement, et totalement, nous convaincre. D’un groupe, à la musique inspiré et efficace, autrefois, prometteur ;
Labyrinth n’est plus aujourd’hui qu’un très bon groupe anecdotique esclave d’une expression confortable aux propos sans grande prise de risque, et ce depuis son album éponyme sortis en 2005.
A cette stagnation, plusieurs raisons.
Tout d’abord, évoquons l’ombre prégnante de Fabio Lione qui fut le premier chanteur de ce groupe. Son absence pesa, un temps, sur la créativité de
Labyrinth, et ce d’autant plus que son départ se fit afin de rejoindre le groupe transalpin le plus novateur du moment, Rhapsody. Une déconvenue atténuée par l’arrivé d’un Roberto Tiranti (Rob Tyrant) exceptionnel.
Il y eut ensuite cette destiné encourageante brisée. Rob Tyrant et ses compagnons apparaissaient alors, en effet, comme une des alternatives italiennes la plus digne de rivaliser avec les meilleurs. Résultant notamment d’un admirable Return to Heaven Denied (1998), cette fortune prédite fut, malheureusement, brutalement interrompue par les déboires d’un Sons Of Thunder (2000) raté, à cause de sa production indigne.
Plus tard il y eut un album éponyme attirant.
Depuis
Labyrinth n’a de cesses de se contenter d’un conformisme consistant à s’appuyer, sans audace, sur ses propres vertus.
Si 6 Days to Nowhere marque une légère amélioration, il ne déroge cependant pas vraiment à cette règle d’un relatif conservatisme presque immuable. En effet Le groupe est, avec cet album dans l’esprit de son Freeman (2005) et, donc, de son
Labyrinth (2003).
Pourtant l’œuvre est moins pesante, moins complexe, et laisse tout de même entrevoir quelques nuances. De plus ce Heavy mélodique, aux accents Prog moins complexes qu'autrefois, apparait bien plus proches d’aspirations mélodiques propres au Hard Rock que de celles épiques propres au Heavy.
De ce surcroit d’application dans une volonté de composition moins impénétrable, et de ce souci de musicalité, nait des titres, forcément, plus lisibles. Ainsi en est-il du très entrainant Crossroad, de There Is A Way, mais aussi, par exemple, d’Out Of Control.
Comment ne pas évoquer, aussi, ces morceaux plus entreprenants où
Labyrinth ose, enfin, se risquer à dévoyer quelques peu sa musique autrement que par ses, sacro-saintes, aspirations électro-synthétiques. Ainsi saluons un très intéressant Lost aux voix, ainsi qu’aux rythmes, parfois, similaires à ceux caractéristique du Death Metal, mais également un Wolves’N’Lambs qui, lui aussi, mais plus subrepticement, use de ces blasts de batterie courts. Notons encore la présence, parfois infime, de certaines teintes légèrement Thrash au détour d’un riff, au détour d’une ambiance. Bien évidemment l’âme emblématique de
Labyrinth reste très présente et, malgré ces infimes digressions attrayantes, demeure prépondérante. Elle avance à visage découvert nous offrant ses différents aspects les plus symptomatiques où pianos, guitares, batteries, voix et basses se mêlent dans un ensemble nous donnant à entendre des constructions aux cadences, aux mélodies et aux atmosphères variées où diverses émotions se découvrent tour à tour. Seules les touches synthétiques ont disparues.
Notons enfin la présence de deux reprises. Une version dispensable de Come Together, des Beatles mais aussi la relecture de Piece of Time, issue des premières œuvres du groupe, et autrefois chantés par Fabio Lione.
Ce 6 Days to Nowhere constitue donc ce que
Labyrinth aura fait de mieux depuis Return to Heaven Denied. Loin de cette époque définitivement révolues, il nous offre aujourd’hui un joli moment de Heavy mélodique aux teintes Prog qu’il n’hésite pas à agrémenter d’audacieux éléments, fruits de ces incursion en des terres plus extrêmes. Il demeure toutefois loin du fracas tumultueux du renouveau et cette œuvre, parfois bien trop personnelle, n’aura donc qu’un seul véritable défaut gênant, celui d’offrir bien trop de titres dans un ensemble où la répétition de ces compositions à l'étroite proximité de cette musique que le groupe nous propose depuis quelques années déjà pourrait, à la longue, finir par lasser. Et ce d'autant plus que ces italiens semble parfois peiner à retrouver cette inspiration évidente qui fut la sienne autrefois.