Au mercato de l'année 1975,
Uriah Heep est certainement l'un des groupes à avoir réussi le plus gros coup en officialisant l'arrivée du bassiste
John Wetton, un futur Asia et surtout, un musicien de grande classe ayant fait ses armes au sein de King Crimson, en lieu et place de
Gary Thain. Un Gary Thain qui sera hélas retrouvé mort par overdose en décembre 1975... Mais attention, recruter un tel musicien est une chose, mais si ce dernier ne participe pas à la composition, n'importe quel grand nom devient, en définitive, du vent.
C'est un peu ce qui se passera sur
Return To Fantasy, huitième album pour
Uriah Heep depuis 1970. Un album qui prend une tournure moins sombre qu'à l'habitude, mais qui emprunte aussi certains canaux musicaux propres de l'époque, en teintant la musique de
Uriah Heep de quelques touches de pop très '70, sautillante et pas toujours de très bon goût.
Mais derrière cette pochette chaleureuse se cache un album plutôt bon, mené de front par le morceau titre, une perle parfois un peu oubliée, grandiloquente, épique et tout simplement somptueuse. L'orgue Hammond de
Ken Hensley mène bien sûr la danse. Comment pouvait-il en être autrement ? Mais derrière, la section rythmique vient apporter un groove judicieux et
Mick Box se régale avec un riff basique, mais qui sert à merveille la chanson. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Et le chant de
David Byron est tout simplement sublime. très théâtral dans son approche, il nous déclame l'histoire plus qu'il nous la chante, avec une diction parfaite. Même un non anglophone peut facilement reprendre les paroles en choeur. Un gros succès commercial pour le groupe en terme de vente de singles, mais un succès amplement mérité tant ce titre est un bijou du genre. Ce n'est pas un hasard si Kai Hansen reprendra ce titre avec
Gamma Ray. Sans la même classe.
Bref, d'entrée de jeu, on a LE tube en puissance. Qui souvent peut être synonyme d'arbre qui cache la forêt. Mais là, ce ne sera pas le cas. Le reste est malheureusement moins inspiré, ou plutôt, l'inspiration prend des chemins détournés qui cassent un peu l'ambiance de l'album. Si
Shady Lady est bien sympathique avec son riff très boogie à la
Status Quo, le second single de l'album,
Prima Donna laisse perplexe. Un titre très joyeux, sautillant, où l'on ne sent pas forcément Byron à son aise. Ce n'est pas mauvais, c'est un exercice pop enraciné dans son époque, le milieu des années 70, avec le kitsch assumé qui en découle. Avec le recul, ce la devient un titre à oublier, tout comme
Your Turn To Remember qui n'apporte rien de bien concluant.
En revanche, lâchez un peu la bride au groupe et il vous concoctera quelques pépites inattendues. Prenez par exemple
Beautiful Dream. Son intro sonne comme la bande son d'un mauvais film de science fiction avec son clavier littéralement spatial. Puis il y a le reste, le jeu des musiciens, l'incroyable présence de Byron qui s'écorche derrière le micro et en définitive, c'est pas si mal que ça ! Mieux, c'est même un des titres les plus fous du disque. Ou encore le délicat
A Year Or A Day qui commence de façon tranquille avant de gagner progressivement en puissance, sans pour autant virer à la démonstration. Il y a beaucoup de finesse dans l'écriture de ce titre et sa sensibilité n'en est que plus forte. Et encore une fois Byron se montre intraitable. Un des chanteurs oublié des années 70...
Malheureusement, ce disque souffre de différences de qualité assez flagrantes. Ce qui aurait pu devenir un excellent disque reste bon, mais on peut se demander si en définitive, ce n'est pas un gâchis. Ouvrir l'album avec un morceau fabuleux, pour ne pas réussir à le reproduire en substance, en passion, en force et en nuance par la suite. Quelle misère de contempler un talent inutilisé comme c'est le cas ici...
Return To Fantasy, c'est un disque idéal pour connaître
Uriah Heep. Varié, orienté entre un horizon dégagé et des contrées plus sombres, il représente bien le passé et le futur pour un groupe en pleine crise existentielle... Disque charnière, après celui-ci plus rien ne sera pareil, pour le meilleur et hélas, surtout pour le pire...