La Pologne est connue pour plein de choses : Jean Paul II, la Zubrowska, dit herbe de bison, Lech Walesa et son prix Nobel de la paix obtenu en 1983. Niveau metal, on a plus tendance à se focaliser sur les bastions de l'extrême que sont
Vader et
Behemoth, à la longévité exemplaire. Mais il ne faut pas oublier
Riverside qui évolue dans un metal prog classieux, inspiré de la scène anglaise, qui commence à sérieusement faire parler de lui hors de ses frontières, chose amplement mérité.
Rapid Eye Movement, paru en 2007, est le troisième opus de la jeune formation et on dit souvent (légende urbaine) que le cap du troisième album est toujours le plus difficile à passer, car il faut confirmer et qu'ensuite, quelle que soit la merde produite, elle se vendra ou connaîtra l'indulgence des critiques et du public. Mouais. Faut pas pousser mémé dans les orties, surtout quand elle n'a pas de culotte, faut être logique, quoi !
Mais très vite, il convient de constater que ce disque est vraiment une excellente surprise. Du metal prog tirant sur le rock, avec beaucoup d'ambiances un peu nostalgiques, résolument planant, qui s'écoute d'une traite sans que l'on ait envie de prendre une pause. On peut rapprocher
Riverside d'un habile compromis entre la complexité d'un
Porcupine Tree et de la profondeur d'un
Anathema pour ce qui est des passages les plus calmes et souvent, les plus profonds. La voix de
Mariusz Duda est d'ailleurs parfois proche de celle de
Vincent Cavanagh d'
Anathema, un peu plus mélodieuse certainement. Difficile aussi de résister à la musique, à la distorsion bien présente, où la basse s'impose de bien belle façon, parfois de façon très saturée comme sur
02 Panic Room, à laquelle les autres instruments viennent se greffer de façon intelligente, créant un espace entre la dissonance et la mélodie, aux contours résolument modernes.
Les longs morceaux, pièces souvent délicates à appréhender, sont des petites perles du genre.
Beyond The Eyelids,
Parasomnia ou encore
Ultimate Trip sont des petits chef d'oeuvre d'efficacité, où
Riverside exploite au mieux ses capacités de compositions pour ne pas sombrer dans une routine et des répétitions de style qui feraient grincer des dents. Avec intelligence, la formation avance dans de longues parties où l'instrumentale a autant d'importance que les parties chantées, en un équilibre qui ne vire jamais au démonstratif d'un côté ou de l'autre. Et là, on sent vraiment l'école Procupine Tree à travers
Riverside, avec cette capacité à émouvoir tout en donnant une leçon de style sans jamais virer dans l'épreuve de force avec l'auditeur, privilégiant pour cela l'aspect mélodique et souvent, mélancolique, de leur musique.
L'approche de
Riverside est certes plus rock que purement metal, en apparence. Il ne faut pas sous-estimé le pouvoir de percussion des Polonais, qui peuvent facilement étonner au détour d'un break, d'un changement de mélodie travaillé ou même d'une certaine rage dans la voix, qui se mue alors en hurlements sourds et gutturaux. Parfois, on peut ne pas saisir où le groupe veut exactement en venir (
Through The Other Side, un peu faible entre deux morceaux de bravoure que sont
Parasomnia et le délicat
Embryonic), mais on saisit sans mal une certaine subtilité et de l'émotion tout au long de l'album, ce qui est franchement appréciable dans un style aussi exigeant que le metal prog.
En définitive,
Rapid Eye Movement est un excellent disque à mettre entre toutes les mains, capable de plaire à un large public, de part certaines accointances musicales avec des groupes déjà cités.
Riverside a réussi un très bon coup avec cet opus et mérite largement que l'on se penche sur son cas à l'international. Quand on est amoureux de la belle musique, il n'y a pas d'excuses possibles : cet album est à écouter au moins une fois dans sa vie.