Un des groupes les plus prometteurs du début des années 80 aurait très bien pu se retrouver le bec dans l'eau avec le départ de son guitariste
Hank Shermann en 1985 vu que ce dernier était le propriétaire du nom
Mercyful Fate. De quoi poser une sacré problématique quand il reste une bonne partie de la formation présente, avec une envie de continuer l'aventure initiée trois ans plus tôt avec l'imparable Melissa. Bref, ça faisait un peu désordre. Mais le chanteur du groupe, sur de son charisme, décide de transformer un peu le groupe et lui donne son nom. Ou plutôt, son pseudo :
King Diamond. En coulisse, un peu de ménage sera fait et on notera l'arrivée du jeune
Andy LaRocque à la seconde guitare et celle de l'imposant
Mikkey Dee derrière les fûts.
On notera également un changement de thématique subtil. Si
Mercyful Fate s'adonnait gaiement à un satanisme éloquent,
King Diamond s'axe nettement plus sur l'horreur. Une horreur un peu vintage, comme celle qui alimentait les pulps des années 30 et 40 puis par extension l'horreur à la Hammer et à la Corman (ce dernier, bien gratiné, à quand même révélé une pléiade d'acteurs cultes dans les années 60/70). Aussi,
Fatal Portrait change d'ambiance par rapport à Don't Break
The Oath, l'essai de
Mercyful Fate le plus proche. Nous ne sommes plus en présence d'une machine occulte, maléfique. Ici, nous pénétrons dans une crypte moyenâgeuse hanté par on se sait quelque fantôme.
Aussi, on peut avoir l'impression que le style est un peu moins flamboyant, moins hargneux. Mais la peur est quelque chose d'insidieux, il convient de poser l'univers macabre et surnaturel au gré des premières secondes de chaque introduction. A ce titre,
The Candle est une leçon. L'approche est glaciale, malsaine. Pendant une minute, on est ainsi malmené par une musique d'outre-tombe, au caractère un peu religieux dans sa solennité. Puis on arrive au corps de la chanson à proprement parler, avec des guitares tranchantes qui évoluent sur un mid tempo ravageur.
King Diamond, derrière le micro, s'amuse toujours autant avec sa voix, à passer du grave à l'aigu. On peut cependant être un peu déçu par ses aigus. Ils sont moins impressionnants que par le passé. Certainement mieux maîtrisés, mais il manque cette touche de folie que l'on pouvait retrouver sur le fulgurant
Come To The Sabbath sur Don't Break
The Oath par exemple.
Bien que non crédité pour les compositions, Andy LaRocque attire forcément les oreilles les plus attentives. La musique de
King Diamond est truffée de soli ; ceux de Andy se montrent particulièrement technique, sans oublier la finesse d'exécution. Mieux, il a parfaitement réussi à capter l'esprit un brin tordu de son employeur et son jeu correspond parfaitement aux pires délires du chanteur bariolé.
Fatal Portrait, c'est un peu une démonstration de force pour chaque musicien. Chacun viendra s'illustrer à un moment où un autre. A ce titre, Mikkey Dee est une autre révélation de ce disque; Sa frappe lourde, sans trop en faire, est idéale pour un groupe comme
King Diamond, venant lui donner une robustesse agressive qui s'accorde très bien avec les guitares qui savent se mettre en retrait pour les besoins d'une chanson.
Cependant, on est loin du coup de maître des deux premiers opus de
Mercyful Fate. Il y a comme une espèce de traumatisme au sein du groupe qui l'empêche de vraiment briller. Les compositions sont bonnes. Les idées sont là. La folie manque encore un peu. Mais attention,
King Diamond est déjà une bête dangereuse, qui navigue résolument à
contre-courant des moeurs musicaux de l'année 1986, où
Poison, Bon Jovi et Europe triomphaient avec des albums grands publics. La suite n'en sera donc que meilleure.