Parmi les nombreux groupes s’étant lancés dans l’aventure du metal symphonique sur les traces du grand du style, peux ont réussi à se faire un nom, et moins encore à échapper à de désastreuses comparaisons à
Nightwish. Quand à développer un style original, éviter les écueils de la platitude et de la mièvrerie, et ne pas se voir attribuer d’emblée la peu sympathique étiquette de « pop metal », les groupes y étant parvenus se comptent aisément sur les doigts de la main… Serait-il plus dur que dans n’importe quel autre style d’atteindre le cercle des grands ?
Peut-être pas, mais il est certains que récolter des critiques positives est infiniment plus durs. Pourquoi ? D’abord le fossé entre les « grands » groupes et les autres est infiniment plus grands : il n’y a pas de qualité intermédiaire dans le metal symphonique, c’est tout ou rien. Car au lieu de générer un style défini,
Nightwish,
Within Temptation ou
Epica s’affichent comme autant d’étoiles solitaires. Incontournables certes, mais uniques.
Par ailleurs les possibilités d’intégrer de nouvelles influences sont extrêmement restreintes, pratiquement nulles en fait. Un peu de chant clair, un peu de death à la limite. Le reste est beaucoup trop lointain et comporte beaucoup trop d’exigences inverses pour sauter le pas.
Qu’attendre d’un groupe pratiquement inconnu comme
Annatar donc ? Qu’attendre d’un disque au nom aussi banal que
Quest For Reality ? Pas grand-chose, on en conviendra. De l’originalité, certes non. De la qualité, certes oui. De l’imagination, n’allons pas jusque là. Que l’ont puisse y distinguer les bases d’un style construit, capable d’enfin apporter une certaine homogénéité au style, peut être ? Voila qui est mieux.
D’abords, notons qu’il s’agit d’un CD auto produit, visiblement dans des conditions assez difficiles ; chaque composante ayant été enregistrée à un endroit différent ! Néanmoins, pas de problème de qualité. Pas de fausses notes, pas de trop gros problèmes de mixages… Voila un début déjà meilleur que ceux de
Vision of Atlantis ou
Edenbridge, pour ne citer qu’eux.
Le chant n’est pas particulièrement original, mais il possède du caractère et Liesbeth Cordia maitrise suffisamment les techniques classiques pour y apporter force et ampleur, et se révèle capable d’intéressantes variations de tempos notamment, sur
Echoes From The Past. Pour autant ces avantages sont assez mal utilisés ; se cantonnant généralement à un registre intermédiaire et un tempo moyen, le chant se fait souvent sirupeux et plat, soudain rompu par une variation imprévue et bienvenue, avant de retourner à la ligne globale.
Niveau musical, l’absence de variations de tempo, appréciables en metal symphonique, pèse sur l’écoute. Les soli sont peu nombreux et sans grande technicité, mais du moins correctement placés et sans simplicité excessive. En revanche, il faut aimer le clavier. Lui donner la prééminence sur les guitares est un choix risqué, que beaucoup n’apprécieront pas, mais de tout évidence il s’agit d’une volonté du compositeur, non d’une conséquence mal calculé : presque chaque piste comporte un solo de clavier murement étudié. Il est malséant de critiquer ce choix, d’autant que le résultat est tout de même relativement équilibré, et les guitares pas trop étouffées. Les riffs restent assez vigoureux, bien couplés au chant.
Quelques mélodies de style vaguement oriental ont également été intégrées dans In Nomine ; de fait la chanson raconte les adieux à son fils d’un père partant pour les croisades… Dans ce contexte l’ajout est justifié ; musicalement, il s’agit en revanche de véritables clichés, de surcroits déconnectés du reste de la chanson qui ne rejoint pas du tout dans cette ambiance.
Egalement un passage électro sur Our Embrace, après un break de plusieurs minutes. Etrange choix une fois de plus.
Quelques petits passages de chant death parsèment également My Wordl et Perception, eux aussi intégrés d’une façon assez peu heureuse, sans liens avec le reste de la chanson ; ils ne contribuent donc nullement à l’ambiance.
De bonne choses donc dans cet album, ou plutôt un certains nombre d’écueils ont étés évités. Tout d’abord pas trop de mièvrerie ; le ridicule est évité ! En revanche, certains jugerons l’ensemble d’une parfaite platitude ; il est certains qu’il se démarque assez peu des basiques du genre, et peut de surcroit sembler assez mou.
Néanmoins il y a un certain potentiel. Il faudrait au groupe abandonner ses tentatives maladroites pour ajouter des musiques qui ne sont pas les siennes, se concentrer sur le chant et les riffs, dont ils pourraient tirer bien plus, accélérer le tempo par moment. Un style plus dépouillé, plus sobres, serait sans doute intéressant et mieux adapté. Mais il ne nous appartient pas de conseiller… Contentons nous d’attendre la suite, donc.