Nourris aux seins de groupes tel que
Sepultura ou
Kreator, les hongrois d’
Ektomorf sont décidés à ravir la place des leaders. Voilà maintenant onze ans que le groupe écume les scènes internationales et nous balance son thrascore (sorte de fusion entre hardcore, neo metal et trash) mâtiné d’influences tziganes. Ce fut Nuclear Blast qui le fit sortir de son relatif anonymat avec le terrible « Destroy » en 2004.
Alors autant le dire tout de suite, la machine est bien rodée car ce « What doesn’t kill me » constitue leur 8ème LP studio. Le précédent méfait remontant au sympathique « Outcast » en 2006. A cette époque
Ektomorf crachait son venin à la face du monde et ne reniait pas ces influences tziganes. Ce n’était certes pas original, mais cela avait au moins le mérite d’être efficace. Nous reprenons peu ou prou les choses où nous les avions laissés. Le line up est pratiquement le même : Zoltan (guitare et chant), Tarim (batterie), Tamas (guitare) et Murvai (remplaçant de Fakas à la basse) sont prêts à nous faire plier avec leurs rythmes effrénés et démontes cervicales. Du moins c’est ce que l’on croit.
Attention mode bourrin on :
« Rat Race » déboule avec sa rythmique « jumpante » et son feeling groovy. On retrouve ici l’énergie brut de décoffrage du combo sur laquelle un court solo, pas hyper technique mais bienvenu, se greffe. Ce qui marque d’emblée c’est surtout ce gros son car la production est PA-CHY-DER-MIQUE. Mention spéciale d’ailleurs à la basse qui arrive à ce faire entendre derrière la chape de plombs envoyée par les autres instrus. Passons ce « Nothing left » assez anecdotique et attardons nous sur le titre éponyme, véritable brûlot écrase-face qui fera sûrement des morts en live. On s’étonnerait même à chantonner le refrain a tue tête. Et puis l’écoute des titres s’enchaîne sans qu’on puisse en sortir un du lot. Pire l’étrange impression d’avoir déjà entendu cela auparavant nous prend aux tripes. Oui mais où ? Attendez, ce serait pas chez… Sou... Soulf…
Soulfly. Voilà c’est ça !!
Les hongrois n’ont pas inventés la roue et après les premiers titres suscités l’ennui guette, nous retrouvant même à la limite du plagiat. Les mimétismes avec la formation américano-brésilienne sont, à ce prix, assez troublantes et choquantes. D’accord, ils n’ont jamais caché suivre les traces du père Cavalera mais ils le faisaient avec finesse par le passé. Ici point de tout ça. On enfile ces gros sabots de sept lieues et on marche dans les empreintes déjà laissées. Ce cher Zoltan ne module aucunement sa voix et se calque dans un carcan à la limite d’un hardcore et d’un trash standard. Essayez de faire la différence entre lui et Max pour voir ? Bon, plaisanterie mise à part, même les fameux refrains à trois mots et répétés à l’usure sont de la partie (« Scream » et ses paroles clichesques). La transposition de tous les titres sur «Primitive » ne choquerait ainsi personne.
Même si les titres sont efficaces et taillés pour le live (leurs assez courtes durées aidant), on est en droit d’attendre mieux du groupe. Où sont donc passez les incursions tziganes ? A peine pouvons nous entendre quelques timides interventions folkloriques sur le gentillet « I got it all » ou le lourd et abrutissant « Scream ». Un titre comme « Who can i
trust » sur « Outcast » était particulièrement intéressant avec sa mélodie à la guitare sèche. Ici que nenni.
Le groupe arrive à nous sortir quand même deux titres qui rehaussent les intérêts pour un album en perte de vitesse. «
Sick of it all » nous propose une compo mixant intelligemment hip hop et métal avec la participation de guests de premier choix, à savoir les Stuck Mojo. Quant au très trash punk voir « sodomien » « Breed the fire » il nous donne envie de sauter dans l’enfer de la fosse et de tout éclater au passage.
Mais le constat est sans appel. La plupart des riffs et des structures manquent cruellement d’inspiration. Force est de constater que le groupe s’est fourvoyé et que ce n’est pas avec ce skeud qu’ils se démarqueront de leurs pères spirituels. Comble de tout, ils se retrouvent prisonnier de ce métal tribal sans marge de manœuvre pour pouvoir s’en sortir.
Il va donc falloir qu’ils prennent de gros risques sur leur prochaine livraison s’ils ne veulent pas passer définitivement pour des clones voir un tribute band. Mais après huit albums est ce encore possible ?