1982, quelle année pour le metal !
Iron Maiden sortait The
Number Of The Beast, Accept couinait sur
Restless And Wild,
Judas Priest publiait
Screaming For Vengeance,
Venom explosait grâce à un Black Metal crade de chez crade et
Scorpions assenait un Blackout couillu comme rarement le groupe a été couillu. Puis il y a ce Battle Hymns d'un jeune groupe tout frais, tout beau en peau de bête qui débarque d'un peu nul part, né de l'union entre
Joey De Maio et
Ross The Boss pour le meilleur et pour le pire.
Le look des musiciens qui avaient dans l'idée de faire le groupe de heavy metal le plus spectaculaire qui soit a de quoi prêter à sourire. Quatre types affublés de fourrure pour donner un côté Conan le Barbare en moins bodybuildé n'est pas forcément ce que l'on peut trouver de plus raffiné dans le domaine. Depuis, les membres de
Gwar auront fait bien pire. Une apparence étrange qui ne colle pas franchement au style développé ici. Parce que dans l'esprit collectif,
Manowar, c'est de l'épique.
Manowar, c'est guerrier.
Manowar, c'est le plus grand groupe de heavy metal de tous les temps. Soit. Mais faut pas pousser mémé dans les orties, surtout quand elle n'a pas de culotte, faut être logique, quoi...
Sur Battle Hymns, à la pochette pas forcément des plus éloquentes, même si l'aigle a souvent été le symbole des armées, des Romains aux Campagnes Napoléoniennes, on ne trouve pas encore ce qui a fini par faire le charme de
Manowar. Ici, on navigue dans un heavy metal de biker, fortement influencé par
AC/DC et
Saxon et desservi par une production très crade qui en définitive, viendra donner un certain charme à l'ensemble. Bref, le groupe construit ses morceaux comme du hard rock somme toute classique, avec un son plus pesant, histoire d'avoir une connotation heavy plus appuyée. De ce fait, l'album se divise en deux grandes parties : les cinq premiers titres et le reste, soit trois autres.
L'entame propose une facette plus rock'n'roll que ce que l'on connaitra par la suite. Cela commence d'ailleurs par le vrombissement de motos, un truc que
Saxon avait déjà utilisé deux ans auparavant sur
Wheels Of Steel et qui fonctionne toujours assez bien.
Eric Adams nous met tout de suite au diapason avec un chant suraigu qui marque les esprits, mais c'est quand il chante de façon normale que l'homme est le plus impressionnant car il parvient à véhiculer quelques émotions dans ce déluge sans grand intérêt en fin de compte.
Metal Daze et
Manowar sauvent quelque peu les meubles. La première est un véritable hymne à la gloire du heavy metal, aux choeurs pas franchement guerriers, mais on s'en tape, le titre fonctionne plutôt bien. La seconde est nettement plu ringarde. De nombreux groupes ont composé à la gloire de leur nom, beaucoup ont fait beaucoup mieux que ça. Il n'empêche qu'elle reste fréquemment jouée en concert, où elle se développe un peu mieux.
Sur la seconde partie,
Manowar tend à développer des compositions plus épiques.
Dark Avenger se voit d'ailleurs gratifiée d'une narration d'Orson Wells (vous savez, Citizen Kane...). Et là, on se dit que ça en jette. Mais un petit retour sur le passé permet de se rappeler que Wells acceptait de faire n'importe quoi pour récolter quelques dollars, parce que sa côté de popularité était basse et qu'il payait le prix fort pour certains films très engagés et souvent incompris du public. En définitive, c'est bien pour
Manowar qu'il ait accepté de participer, mais il convient de minimiser l'exceptionnel de sa présence. Ah oui, le titre malgré tout reste très moyen, Wells ou non.
Battle Hymns sera plus réussi, nettement plus réussi, même s'il n'a pas encore l'ampleur d'autres futures compositions qui arriveront à développer des ambiances plus attrayantes.
Manowar, c'est un peu du grand Guignol, version peaux de bêtes.
Thin Lizzy a été plus convainquant dans ce rôle avec
Warrior sur Jailbreak,
Cirith Ungol dépeignait déjà des fresques plus glauques et épiques et les autres groupes de heavy metal avaient un discours bien plus intéressants que ce Battle Hymns qui sent le réchauffé, du recyclage de riffs ayant déjà fait leur preuve chez d'autres combos bien plus affirmés. Niveau originalité, c'est faible et le look ne fait pas tout. Mais malgré tout, ce disque se taille une belle réputation, ou du moins une réputation correcte auprès des fans du groupe. Mais si on se penche sur le monde du heavy metal, on constatera vite que c'est l'équivalent musical d'une chiure de mouche...