Sans vouloir verser dans l’excès accusatoire, et la critique acerbe gratuite, on ne peut cependant manquer de porter un regard quelque peu réprobateur sur la farce
Gloomy Grim.
Cette petite boutique des horreurs, initiée par l’ancien batteur de
Thy Serpent, qui avait marqué quelques esprits en 1996 avec le très réussi
Forests Of Witchery, représente en quelque sorte, l’archétype du projet qui aurait pu devenir un protagoniste sinon incontournable, tout au moins respectable du paysage métallique, mais qui par son indécente suffisance, et surtout par sa contenance artificielle navrante, collectionnant les clichés de pacotille, c’est lamentablement vautré dans le ridicule et le surfait, anéantissant irrémédiablement ses moindres tentatives de rendre son "Black Horror Metal" bon marché, un temps soit peu crédible. N’ayant jamais vraiment réussi à redresser la barre depuis ce premier album, que l’on nous montrait pourtant à l’époque, comme le renouveau d’un genre en perdition artistique, la suite des évènements viendra malheureusement confirmer ce premier constat, dévoilant un bilan tout aussi insipide.
Le ton est en effet donné d’entrée de jeu, avec ce
Blood, Monsters, Darkness au titre terriblement racoleur, dont le seul premier morceau, laisse entrevoir toute l’étendue du détartre à venir.
Cinquante minutes durant, nous assistons, partagés entre impuissance et consternation, au déballage d’une expression grotesque, aussi bien musicale que textuelle, à une redondance de parties instrumentales simplistes et trop souvent affligeantes d’immaturité, ainsi qu’à un foisonnement inélégant de plans clichesques et caricaturaux, d’une créativité anémique. La pauvreté lymphatique et le manque de maîtrise du clavier Bontempi, sensé créer un climat cauchemardesque et décadent, et s’évertuant à remplir le vide stellaire laissé par les guitares, se révèlent être des preuves édifiantes, de la faiblesse d’inspiration et d’écriture de cette confrérie nordique. Et ce n’est assurément pas la frugalité des parties de batterie programmées, ou encore les vaines tentatives d’Agathon d’ajouter un peu de profondeur à l’ensemble avec son chant rocailleux, n’évoquant qu’une pâle contrefaçon de celui d’
Abbath d’
Immortal, qui parviendront à sauver le tout. Elles ne réussiront au contraire, qu’à confirmer de manière éclatante, l’impression de vacuité abyssale et de désertion créative régnant en cet album.
Nous aurions tout compte fait, très bien pu prendre cette mascarade pour ce qu’elle est réellement : une sorte de vulgarisation d’un style qui croule déjà sous le poids de nombreux pitres du même acabit. Mais malgré le second degré, et le côté décalé résolument loufoque de son propos, le groupe ne parvient pourtant pas à dissimuler la réelle indigence de son univers. Un univers fait de plastique et de carton pâte, de monstres et de sorcières en papier mâché, de farfadets et de diablotins incapables de causer la moindre frayeur, n’étant pas même dignes d’un mauvais épisode des "Contes de la Crypte".
Se voulant être un manifeste anti-chrétien, ce disque n’aurait pas même eu le privilège d’éveiller une once de peur et de finir sur un bûcher, s’il avait existé du temps des antiques chasses aux sorcières, et n’aurait provoqué d’autres réactions que la raillerie suivie d’une totale indifférence, même au plus despotique des inquisiteurs.
En définitive,
Blood, Monsters, Darkness ne possède qu’un atout, il se laisse écouter assez facilement, et à l’image d’une littérature de gare, s’oublie aussitôt, et surtout de la même manière. Il constitue un ratage manifeste, et il n’y a guère que la reprise pas si désagréable d’
Ozzy,
Over the Mountain le clôturant, et la pointe d’un humour hautement intellectuel qui constitue ses quatre dernières secondes, que l'on puisse porter à son crédit.
Réjouissons nous que des formations talentueuses, telles que
Morgul,
Tartaros, ou plus récemment
Carach Angren et
The Vision Bleak, aient depuis anobli le genre, démontrant qu’il pouvait être des plus savoureux, si joué avec conviction, inspiration, et surtout justesse.