Le fait le plus marquant concernant Brave New World se situe au niveau du retour de
Bruce Dickinson et de
Adrian Smith au sein de la Vierge de Fer. Le fait que seul
Blaze Bailey se soit fait éjecter passerait presque au second plan tant les fans de
Iron Maiden sont aux anges rien qu'avec ce fait qui na rien d'anodin. Puis une fois que la liesse retombe et que les cerveaux se remettent doucement en marche, le calcul mental commence. 5+2-1=6. Mais keskecé kse bordel ? Ce bordel, c'est que
Iron Maiden est devenue une machine de guerre à trois guitares,
Jannick Gers étant conservé dans les rangs malgré le retour de Smith, et ce à la demande expresse de Dickinson, qui refuse de réintégrer Maiden si son pote doit dégager.
Steve Harris n'hésie pas longtemps et seul le pauvre Bailey est obligé de faire ses valises, malgré deux albums, mais voué au désamour des fans...
A peine de retour, Dickinson retrouve ses bonnes vieilles habitudes, qu'il n'avait pas franchement perdu durant sa carrière solo : la grande gueule est de retour et pas qu'un peu : le chanteur rouquin annonce, scande à qui veut l'entendre que Brave New World sera un album révolutionnaire. Ce qui a de quoi étonner plus d'un fan,
Iron Maiden étant connu pour un certain conformisme dans son genre, pas pour changer de couleur à chaque nouvel opus. Derrière, on peut entendre la pensée de Harris "Mais ta gueule Bruce !" mais rien n'y fait, l'attente monte encore d'un cran.
Ce qu'on ne peut nier à ce disque, c'est qu'il a une pochette superbe, l'une des plus belles d'
Iron Maiden et accessoirement, l'une des plus inquiétantes à défaut d'être malsaine. Elle nous présente un monde futuriste, un Londres futuriste, où la Tamise coulerait bleu, mais dont le ciel chargé est orageux. Et ans les nuages, comme une malédiction, se dessine le visage d'Eddie. A partir de là, l'imagination du fan ou de l'auditeur lambda peut vagabonder, échafauder les théories les plus folles. Les plus littéraires prendront leur plume (ou leurs claviers) pour écrire une nouvelle ou quelque chose de plus ambitieux. Classique, mais efficace en somme, où pour une fois la suggestion est de mise pour le groupe.
Alors, quid de l'album révolutionnaire ? En fait, on a juste envie de balancer des légumes périmés au visage de Dickinson après avoir écouté Brave New World. Le disque n'est pas mauvais en soi, on a connu pire avec Maiden, comme on a connu nettement mieux d'ailleurs. Là où cet opus peut être révolutionnaire réside dans le bruit de fond que fond les trois guitares quand on écoute le tout au casque. Elles ne se distinguent pas les unes des autres, il faut attendre les soli pour deviner qui joue quoi pour vraiment se faire une idée (Gers étant toujours le plus brouillon dans son approche). Autrement, le concept Maiden à trois six-cordistes le fait moyen, voire pas. L'intérêt déjà minime d'évoluer à trois guitares n'a pas été exploité, n'est pas
Lynyrd Skynyrd qui veut.
Révolutionnaire dans la musique ? Non, mille fois non. On reconnait tout de suite le groupe, qui fait du
Iron Maiden classique dans la lignée d'albums comme Seventh Of A Seventh Son ou Fear Of The Dark. On retrouve parfois des mélodies proches du Seventh Son, mais il convient d'admettre que ce dernier sonnait plus entier, plus plein au niveau du son, qui parvenait à conserver une touche bien heavy que l'on ne retrouve pas tout à fait ici, exception faite de
The Wicker Man qui envoie bien avec un côté rock'n'roll bien pensé. Autrement, c'est du planplan : intro calme, l'agressivité revient comme le PS en 1997 et les refrains sont le point le plus décevant car répétés inlassablement, sans grande recherche finalement. Si cela fonctionne sur les rares titres punchy, dès que le refrain se place sur un mid tempo, cela devient franchement agaçant.
Bruce n'a plus la voix de ses vingt ans, ni même de ses trente. Il ne peut plus s'imposer de façon magistrale comme il le faisait encore sur un
Be Quick Or Be Dead il est obligé de chercher la mélodie sans pouvoir faire de grandes montées dans les aigus. Le chant reste agréable, il est plus modulé que celui du malheureux Bailey et surtout, tout de suite identifiable, ce qui manquait à Maiden ces dernières années, où plutôt, ce que l'on a pas permis à Blaze : s'imposer derrière le micro, pas forcément la faute du groupe, plus celle de certains fans jusqu'au-boutiste qui n'ont jamais accepté le départ de Dickinson (et on ne va pas évoquer ceux qui ne jurent que par
Paul Di'Anno, sinon on a pas fini).
Et finalement, on se rend compte que Maiden a passé une étape. Là où
Saxon s'en fout et fonce tête baissée, le groupe se retrouve incapable de se montrer résolument direct, il doit complexifier sa musique, lui donner un faux aspect prog avec des construction alambiquées qui masquent un couplet/refrain des plus classiques. Motivant par moment pour faire retomber le tout sur des refrains qui arrivent comme un cheveu sur la soupe, on se retrouve dans une espèce de paradoxe de celui qui peut le plus peut aussi le moins, mais que le moins n'est pas une option à suivre dans ce coin. Ce qui apporte le punch nécessaire est quasiment systématiquement brisé par une idée plus bateau.
Alors oui, un 6/10, parce qu'il y a des trucs à sauver au milieu de tout ça, mais pas plus. Ce n'est pas parce que c'est
Iron Maiden, que c'est le retour de Bruce et de Adrian qu'il faut se laisser emballer et crier au génie là où visiblement, il y a un sérieux problème d'agencement. La fluidité n'est plus la même, la grosseur du son n'est plus la même,
Iron Maiden n'est tout simplement plus le même. Et il faut s'y habituer, le groupe entrant dans un nouveau moule, où les schémas resteront à chaque fois les mêmes, dans l'écriture comme dans la disposition. Les géants ont des pieds d'argile, c'est connu.
Iron Maiden les a en paille et gare à l'alumette qui y mettra le feu...