Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Brave New World

Chronique de Brave New World

Iron Maiden  - Brave New World (Album)

 6 
10

Album révolutionnaire ? Euh... on repassera !



Le fait le plus marquant concernant Brave New World se situe au niveau du retour de Bruce Dickinson et de Adrian Smith au sein de la Vierge de Fer. Le fait que seul Blaze Bailey se soit fait éjecter passerait presque au second plan tant les fans de Iron Maiden sont aux anges rien qu'avec ce fait qui na rien d'anodin. Puis une fois que la liesse retombe et que les cerveaux se remettent doucement en marche, le calcul mental commence. 5+2-1=6. Mais keskecé kse bordel ? Ce bordel, c'est que Iron Maiden est devenue une machine de guerre à trois guitares, Jannick Gers étant conservé dans les rangs malgré le retour de Smith, et ce à la demande expresse de Dickinson, qui refuse de réintégrer Maiden si son pote doit dégager. Steve Harris n'hésie pas longtemps et seul le pauvre Bailey est obligé de faire ses valises, malgré deux albums, mais voué au désamour des fans...

A peine de retour, Dickinson retrouve ses bonnes vieilles habitudes, qu'il n'avait pas franchement perdu durant sa carrière solo : la grande gueule est de retour et pas qu'un peu : le chanteur rouquin annonce, scande à qui veut l'entendre que Brave New World sera un album révolutionnaire. Ce qui a de quoi étonner plus d'un fan, Iron Maiden étant connu pour un certain conformisme dans son genre, pas pour changer de couleur à chaque nouvel opus. Derrière, on peut entendre la pensée de Harris "Mais ta gueule Bruce !" mais rien n'y fait, l'attente monte encore d'un cran.

Ce qu'on ne peut nier à ce disque, c'est qu'il a une pochette superbe, l'une des plus belles d'Iron Maiden et accessoirement, l'une des plus inquiétantes à défaut d'être malsaine. Elle nous présente un monde futuriste, un Londres futuriste, où la Tamise coulerait bleu, mais dont le ciel chargé est orageux. Et ans les nuages, comme une malédiction, se dessine le visage d'Eddie. A partir de là, l'imagination du fan ou de l'auditeur lambda peut vagabonder, échafauder les théories les plus folles. Les plus littéraires prendront leur plume (ou leurs claviers) pour écrire une nouvelle ou quelque chose de plus ambitieux. Classique, mais efficace en somme, où pour une fois la suggestion est de mise pour le groupe.

Alors, quid de l'album révolutionnaire ? En fait, on a juste envie de balancer des légumes périmés au visage de Dickinson après avoir écouté Brave New World. Le disque n'est pas mauvais en soi, on a connu pire avec Maiden, comme on a connu nettement mieux d'ailleurs. Là où cet opus peut être révolutionnaire réside dans le bruit de fond que fond les trois guitares quand on écoute le tout au casque. Elles ne se distinguent pas les unes des autres, il faut attendre les soli pour deviner qui joue quoi pour vraiment se faire une idée (Gers étant toujours le plus brouillon dans son approche). Autrement, le concept Maiden à trois six-cordistes le fait moyen, voire pas. L'intérêt déjà minime d'évoluer à trois guitares n'a pas été exploité, n'est pas Lynyrd Skynyrd qui veut.

Révolutionnaire dans la musique ? Non, mille fois non. On reconnait tout de suite le groupe, qui fait du Iron Maiden classique dans la lignée d'albums comme Seventh Of A Seventh Son ou Fear Of The Dark. On retrouve parfois des mélodies proches du Seventh Son, mais il convient d'admettre que ce dernier sonnait plus entier, plus plein au niveau du son, qui parvenait à conserver une touche bien heavy que l'on ne retrouve pas tout à fait ici, exception faite de The Wicker Man qui envoie bien avec un côté rock'n'roll bien pensé. Autrement, c'est du planplan : intro calme, l'agressivité revient comme le PS en 1997 et les refrains sont le point le plus décevant car répétés inlassablement, sans grande recherche finalement. Si cela fonctionne sur les rares titres punchy, dès que le refrain se place sur un mid tempo, cela devient franchement agaçant.

Bruce n'a plus la voix de ses vingt ans, ni même de ses trente. Il ne peut plus s'imposer de façon magistrale comme il le faisait encore sur un Be Quick Or Be Dead il est obligé de chercher la mélodie sans pouvoir faire de grandes montées dans les aigus. Le chant reste agréable, il est plus modulé que celui du malheureux Bailey et surtout, tout de suite identifiable, ce qui manquait à Maiden ces dernières années, où plutôt, ce que l'on a pas permis à Blaze : s'imposer derrière le micro, pas forcément la faute du groupe, plus celle de certains fans jusqu'au-boutiste qui n'ont jamais accepté le départ de Dickinson (et on ne va pas évoquer ceux qui ne jurent que par Paul Di'Anno, sinon on a pas fini).

Et finalement, on se rend compte que Maiden a passé une étape. Là où Saxon s'en fout et fonce tête baissée, le groupe se retrouve incapable de se montrer résolument direct, il doit complexifier sa musique, lui donner un faux aspect prog avec des construction alambiquées qui masquent un couplet/refrain des plus classiques. Motivant par moment pour faire retomber le tout sur des refrains qui arrivent comme un cheveu sur la soupe, on se retrouve dans une espèce de paradoxe de celui qui peut le plus peut aussi le moins, mais que le moins n'est pas une option à suivre dans ce coin. Ce qui apporte le punch nécessaire est quasiment systématiquement brisé par une idée plus bateau.

Alors oui, un 6/10, parce qu'il y a des trucs à sauver au milieu de tout ça, mais pas plus. Ce n'est pas parce que c'est Iron Maiden, que c'est le retour de Bruce et de Adrian qu'il faut se laisser emballer et crier au génie là où visiblement, il y a un sérieux problème d'agencement. La fluidité n'est plus la même, la grosseur du son n'est plus la même, Iron Maiden n'est tout simplement plus le même. Et il faut s'y habituer, le groupe entrant dans un nouveau moule, où les schémas resteront à chaque fois les mêmes, dans l'écriture comme dans la disposition. Les géants ont des pieds d'argile, c'est connu. Iron Maiden les a en paille et gare à l'alumette qui y mettra le feu...

La finesse



Brave New World est un album important car il marque le retour de Bruce Dickinson après son départ en 1992, le groupe ne devait donc pas se louper. Et si il a loupé quelques trucs au cours de sa carrière, ce n'est pas ce Brave New World.

Nous avons quitté les années -80, et ça se voit. Si tous les albums de Maiden était à peu près rentre dedans, ici, ce n'est plus le cas. L'album est tout en finesse, tout en atmosphère, tout en mélodies entrainantes, tout en virtuosité. Et il vaut mieux que le groupe reste la dedans, car aujourd'hui, lorsqu'il s'essaye au Metal plus direct, il ne réussit qu'à faire de l'auto-plagiat, bien fait donc, mais déjà entendu. Mais peu importe ici tant les atmosphères sont soignées, Dickinson se bonifie avec le temps, le groupe ne cesse de devenir de plus en plus mature, c'est tout simplement une suite logique de Seventh Son Of A Seventh Son. On retrouve certains passages assez nobles, des solis virtuoses, bref, rien de nouveau sous le soleil, mais toujours bien exécuté. La grande nouveauté c'est surtout ces atmosphères en fait. Ghost Of The Navigator par exemple inspire des mers brumeuses, ou Brave New World et son intro de toute beauté et assez planante. Nomad possède même des intonations orientales comme le faisait Powerslave avec l'Egypte.

Maiden a trouvé ici la formule qu'il réutilisera par la suite : intro calme, je m'énerve, des structures assez complexes et travaillées, soli virtuoses et je termine le morceau comme je l'ai commencé : en douceur. Les morceaux sont bien plus long qu'avant, c'est donc tendance Prog parfois, mais seulement "tendance" car il y'a toujours un schéma Couplet/Refrain assez reconnaissable pour être purement prog. Ce que le groupe réussit bien par contre lorsqu'il ne fait pas dans les atmosphères, c'est ces riff ultra mélodique qui ont inspirés la scène Death Mélodique de Gothenburg. On croirait parfois entendre du Dark Tranquillity soft. Donc toujours aussi bon de ce coté la, toujours aussi bon pour les soli. Maintenant, lorsqu'on entend des accords qui se veulent puissant derrière un rythme Maidenesque à la "galop de cheval", on ne peut s'empêcher de se dire "encore? Mais c'est pas vrai, on les connait ses rythmes, on pourrait passer à autre chose..." Le groupe devrait apprendre à ne pas se répéter de ce coté la donc, parce que les refrains sont souvent très beaux et tout ce qui est mélodie/atmosphère est très réussi.

Une autre grande force de Maiden aujourd'hui, comme je le laissais entendre plus haut, c'est Dickinson. Sa voix est de plus en plus puissante, il peut passer du lyrique à l'énervé sans problème, que ce soit en chantant fort, doucement, aigu, grave, en psalmodiant, il assure partout.

Inutile de s'attarder plus longtemps sur cet album, c'est un bon Maiden (et donc un très bon skeud) qu'on aurait aimé plus ingénieux et innovant comme l'était Seventh Son, et que les parties rentre dedans et Heavy soient plus originales. N'en reste pas moins un album aux atmosphères prenantes, aux mélodies efficaces, et aux soli toujours aussi virtuoses.

Les Plus :

- Mature
- Atmosphères Réussies
- Dickinson se bonifie avec le temps
- Les mélodies toujours prenantes

Les Moins :

- On l'aurait aimé plus rentre dedans
- On l'aurait aimé plus surprenant et innovant...

(0) Modifier l'article
par Int, le 1 juin 2008
Voir toutes les chroniques de Int


Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires


Voir les 1 commentaires précédents
ouaip pas un album très intéressant pour ma part..
jeu. 5 août 10- 19:13  
Après dix écoutes successives, je revois le tout à la baisse et je m'explique.
lun. 13 sept. 10- 01:12  
bravo si tu as réussi l'exploit d' écouter 10 fois cet album!
un album très surestimé comme tu le dis !
pour moi 5/10 pas plus ( et pourtant j' adore ce groupe depuis iron maiden !)

tu as raison :3 guitares pourquoi faire alors qu' une suffirait largement (où sont passés les fameux duels??)
la suite sera encore plus pénible ! encore un géant qui coule à pic...
super chronique au passage !

mar. 26 juil. 11- 18:01  


Brave New World - Infos

Voir la discographie de Iron Maiden
Infos de Brave New World
acheter sur Amazon
Sortie : 29 mai 2000
Genre : Heavy Metal
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. The Wicker Man (4:35)paroles de The Wicker Man
2. Ghost Of The Navigator (6:50)paroles de Ghost Of The Navigator
3. Brave New World (6:18)paroles de Brave New World
4. Blood Brothers (7:14)paroles de Blood Brothers
5. The Mercenary (4:42)paroles de The Mercenary
6. Dream Of Mirrors (9:21)paroles de Dream Of Mirrors
7. The Fallen Angel (4:00)paroles de The Fallen Angel
8. The Nomad (9:05)paroles de The Nomad
9. Out Of The Silent Planet (6:25)paroles de Out Of The Silent Planet
10. The Thin Line Between Love And Hate (8:27)paroles de The Thin Line Between Love And Hate
écouter : Ecouter l'album



Iron Maiden

Iron Maiden
Iron Maiden
Voir la page du groupe
Création : 1975
Genre : Heavy Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:



Groupes en rapport


Judas Priest
Judas Priest
Voir la page du groupe
Création : 1967
Genre : Heavy Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Def Leppard
Def Leppard
Voir la page du groupe
Création : 1977
Genre : Hard Rock
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Noises From The Cathouse
Noises From The Cathouse
2004

Chronique de Spellbound
Spellbound
1981

Tygers Of Pan Tang
Tygers Of Pan Tang
Voir la page du groupe
Création : 1978
Genre : Heavy Metal
Origine : Royaume-Uni


Albums chroniqués :
Chronique de Sacrifice
Sacrifice
2013

Chronique de Into The Labyrinth
Into The Labyrinth
2009

Chronique de Killing Ground
Killing Ground
2001

Chronique de Metalhead
Metalhead
1999

Saxon
Saxon
Voir la page du groupe
Création : 1976
Genre : Heavy Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Lynyrd Skynyrd
Lynyrd Skynyrd
Voir la page du groupe
Création : 1964
Genre : Hard Rock
Origine : États-Unis

Rapports de concerts: