L’annonce fit du bruit.
Burzum était de retour. Après plus de dix ans passés dans sa cellule,
Varg Vikernes revenait sur le devant de la scène, surprenant au passage son petit monde en annonçant la sortie d’un album dans les prochains mois. Mieux encore : l’album serait du Black Metal, genre qu’il avait délaissé en raison de ses convictions raciales. The White God, devenu Belus à cause d’une polémique qui n’avait pourtant pas lieu d’être, ou le Daudi Baldrs version Black Metal. Pourquoi ce changement de direction ?
Varg souhaite-t’il retrouver la saveur des riffs lacrymaux du chef-d’œuvre
Hvis Lyset Tar Oss ou encore chercher la beauté atmosphérique du controversé Filosofem, dernier album véritablement Metal avant les deux essais ambient accouchés dans son enfer ? La question ne se pose peut être pas, le personnage a gardé ses convictions et signe avec Belus, à la différence d’
Immortal, un album de qualité qui se révèle être aussi un irréductible Black Metal, ancien, rare rempart face à la vague moderne du genre.
La mythologie nordique a endigué l’esprit nazi de
Varg Vikernes. Les thèmes qu’il s’acharne à développer depuis longtemps et notamment en détail sur ses œuvres ambiant lui sont chers. Belus est une autre vision, une autre exploration du mythe du Dieu Blanc que l’on appelle aussi
Belenos ou Balder. Dieu de lumière, il est celui qui doit annoncer le
Ragnarok et la fin des Dieux par enchainement prophétique. Le sujet donne à Belus son relief principal, différent des anciens opus du norvégien, relief plus lumineux, moins démoniaque et plus porté sur la beauté et les élans majestueux des riffs. Belus est différent, mais
Burzum reste
Burzum et ce, dès les premières notes de guitares. Si Belus est au sens premier un album sur un Dieu majeur de notre Occident, il convient de saisir l’idée que
Varg veut faire comprendre au public : Belus est un rappel aux fondements de notre monde, il est un appel à un retour vers la Nature, mais aussi une volonté de défendre une certaine idée de la culture, que l’on ne fera que souligner.
Varg, nationaliste, fier de la culture païenne, de l’héritage de son peuple, cherche avec Belus à partager encore sa vison des choses, même si le tout reste une épopée, une recherche sur la mythologie et un amour pour ces mythes.
L’entité Belus est faite de matériaux solides. Pour la résumer, il suffirait de mentionner la majesté de
Hvis Lyset Tar Oss et l’atmosphère mystérieuse de Filosofem. L’album puise dans le meilleur, dégage les aspects extrêmes que
Varg s’était entêté à développer. Ainsi, le minimalisme de sa musique est toujours présent, les morceaux sont construits sur une base rythmique précise, sur une mélodie qui se répète et se transforme. Mais contrairement au passé,
Varg a choisi de mieux agencer ce minimalisme, faisant intervenir bien plus souvent des changements de parties inter-morceaux et délivrant ses compositions des chaînes forgées par son marteau, qui condamnaient l’être musical à se soumettre au schéma d’origine.
Ce schéma, base de sa musique atmosphérique, est donc revisité, pour donner plus d’intérêt à ses compositions. « Glemselens Elv » est la preuve de ce nouveau départ. Forte d’un riff d’entrée superbe, elle évolue de plus en plus, des guitares venant s’apposer au reste pour y apporter leur vison du morceau. Néanmoins,
Varg a compris que l’hypnotisme existe bien avec la répétition pure, « Belus’ Doed » en est l’appareil, diabolique, sans grande progression, mais basé sur autre chose qu’une seule ligne de guitare, à la différence de « Jesus' Tod » de Filosofem par exemple.
Burzum a ainsi conservé ses aspects entêtants qui lui confèrent son charme. Les mélodies restent en tête, d’autant qu’elles sont dans Belus très efficaces. Le titre, passé « Leukes Renkespill », introduction inutile, est un monument de noirceur porté par un chant toujours aussi particulier mais fort de paroles incantatoires et obsédantes. Le chant est d’ailleurs sensiblement le même mais foncièrement différent. D’un
Varg jeune on est passé à un
Varg proche de la quarantaine. Le timbre s’en ressent même si la voix est toujours aussi trafiquée. Plus grave, plus prononcée, plus mise en avant, la voix du norvégien a gagné en rondeur mais reste tout de même toujours aussi spéciale, notamment avec les parties parlées, un peu plus présentes que par le passé.
Si le chant a gagné en clarté, le reste a suivi le berger. Belus est mieux produit, et on oserait même dire qu’il est pratiquement bien produit. Cette nouvelle consistance des instruments pourra alors décevoir certains fans, le son ayant perdu quelque peu de son charme originel, ce Black Metal de la vieille vague froid et mystérieux. Avec Belus, on se rapprocherait plus de productions actuelles comme celles de
Wolves in the throne room par exemple, en tout de même plus crade, de façon à donner plus de distinction inter-instrumentale tout en conservant ce frisson de bonheur à l’écoute d’une seule guitare aiguë (« Belus’ Doed »). La comparaison avec le géant américain ne pourrait d’ailleurs pas s’arrêter là tant on croirait presque que
Varg a jeté une oreille aux travaux des fermiers, notamment sur « Morgenroede », superbement mélodique et à la basse, tête de file. De même, le côté magnificence céleste fera parfois penser au
Memoria Vetusta II : Dialogue with the stars de Bluta us Nord.
La mélodie est le maître mot de ce nouvel album, plus que ses anciens essais, Belus est mélodique, mais mélodique dans la lumière, dégageant bien plus souvent de la beauté que des ténèbres froides. Un choix qui pourra rebuter mais qui permet Ã
Burzum de retrouver de l’éclat. Nouveau départ, presque, pour une musique qui, mine de rien, a changé. Adieu les nombreuses parties au clavier,
Varg a certainement atteint sa limite avec Daudi Baldrs et Hlidskjlaf. Hormis sur « Keliohesten » où quelques cors portent le riff vers quelque chose de plus épique, le clavier est absent de l’œuvre. Une décision qui en déconcertera beaucoup mais qui permet à Belus de se démarquer du reste de la discographie de
Burzum. Volontairement axé sur les guitares, l’album transporte l’auditeur par la grâce de ses sonorités, magnifiques et poétiques. Les paroles, elles, chantées en norvégien mais traduites en Russe, Français, Italien et Allemand sur le site (on ne reviendra pas sur le choix des langues, douteux) sont d’ailleurs un point sur lequel on peut s’attarder. Poétiques, recherchées et toujours teintées de ce mysticisme antique, elles se doivent d’être lues pour mieux apprécier les compositions qui suivent le périple de Balder.
Cependant Belus, malgré ses qualités, ne rivalise pas avec les deux chefs d’œuvre Filosofem et
Hvis Lyset Tar Oss. S’il permet Ã
Burzum de revenir sur le devant de la scène, avec des changements notables et rafraichissant, que ce soit au niveau de la production, du travail de composition ou de la technique guitaristique, beaucoup plus développée, il enfonce d’un coup de rangers
Burzum dans le terreau des groupes du Black Metal, sans lui donner une verrière particulière. Belus est un très bon album mais un album qui n’a pas autant d’originalité que les anciens essais du maître. Si l’on compte également un « Sverddans » très old school façon Aske et tout à fait dispensable (si l’on excepte l’harmonie guitaristique intermédiaire) mais aussi un manque de charme ancien dans le son, Belus ne peut se targuer d’être un chef-d’œuvre. Une grosse surprise que l’on attendait pas, un très bon opus de l’entité
Burzum et certainement pas une déception malgré ses légers défauts, Belus divisera peut être mais surprendra certainement, surtout après tant d’années d’attente.