Ainsi donc voilà
Trust au sommet de sa gloire.
Dans une expression mêlant à la fois la virulence d’un propos hargneux sous la plume acerbe et contestataire d’un Bernie engagé, et celle d’une musique aux confins du Hard, du Rock mais aussi de l’énergie Punk, le groupe aura su symboliser cette angoisse grandissante, nourris par un désarroi croissant, d’une jeunesse désœuvrée et abandonnée, et ce autour d’une formidable ferveur populaire. En seulement deux manifestes, magnifiques brulots dont l’insolente perfection témoigne superbement de ce talent immense, l’excellent éponyme sortis en 1979 et le non-moins excellent Répression sortis à peine un an plus tard, ils auront réussis à convaincre tout un peuple.
Si ce troisième album propose, une fois encore, d’explorer les travers d’une société qui n’a pas fondamentalement changée, en un verbe dont l’écriture acide est toujours aussi féroce, certains de ces aspects purement musicaux ont évolués. Ainsi avec ce Marche ou Crève,
Trust a quelque peu abandonné cette simplicité déliée d’un Hard/Rock directe au profit d’un Heavy plus sophistiqué. Indéniablement les riffs sont plus lourds, mais aussi plus incisifs, et surtout plus travaillés. Les plans batterie s’enrichissent d’une redoutable technicité, dans laquelle un Nicko McBrain incroyablement habile est indubitablement passé maître. Et la présence d’un second guitariste, Moho, renforce cette sensation nouvelle d’une énergie plus âpre.
Cette diversification musicale, ainsi que cette ouverture à un producteur plus international, Tony Platt (
Ac/Dc, Bob Marley,
Motörhead), peuvent, aussi, s’expliquer par la volonté du groupe de conquérir un marché plus large que le microcosme franco-francophone (une volonté qui sera bientôt satisfaite avec la sortie de la version anglaise de ce disque, intitulé Savage).
Le résultat de ces mutations offrent, dans l’ensemble, un album, certes, moins efficaces que son prédécesseur mais pourtant très attrayant. Au-delà de titres relativement intéressant, mais cependant moins abouties et moins incontournables que les morceaux les plus charismatiques du groupe, tels que La Grande Illusion et son riff, son climat, presque « Rock », tels que Le Sauvage ou encore tels que ce morceau oppressant nerveusement tendu qu’est La Junte, d’autres s’inscrivent heureusement dans la plus pure tradition hargneuse des heures plus glorieuses de
Trust. Ainsi le véhément Marche ou Crève, l’accusateur Les Templiers ou encore le critique Les Brutes offrent les plaisirs indéniables de moments superbes. De ces satisfactions incontestables, la plus admirable vient encore de cette conclusion remarquable, Ton Dernier Acte, chanson pleine d’émotions bouleversantes à la mémoire du regretté Bon Scott, où Bernie et les siens excellent.
Il y aurait encore tant à dire sur ce qui restera l’album le plus Heavy de
Trust. On pourrait, incontestablement, évoquer, comme nombre de détracteurs polémistes, certaines imprécisions, certaines erreurs, certaines immaturités. Pourtant ces imperfections, réelles, ne sont qu’infimes poussières.
Ce Marche ou Crève est donc une œuvre clairement moins charismatique et aboutie que l'exceptionnel Repression qui la précède. Cependant elle reste d'une remarquable qualité, suffisante à ériger davantage encore le mythe
Trust.