Le quatrième album de
Trust, éponyme ou simplement nommé "IV" oeuvrait dans une veine assez intéressante, avec toute une seconde partie conceptuelle et sombre. Autant dire que le groupe de hard français le plus connu à cette époque dans le monde avait encore assis un peu plus son leadership sur la scène Hexagonale. Aussi, l'attente devenait toujours plus insoutenable pour les fans de
Trust qui guettaient chaque nouvelle sortie avec impatience, demandant à leur disquaire préféré quand le petit nouveau allait terminer dans les bacs.
Puis sort le cinquième opus, Rock'n'Roll. La pochette n'est pas engageante. Le parallèle avec celle de Répression fait mal, recto comme verso. De face, nous voyons le groupe en train de poser bien sagement,
Bernie Bonvoisin s'autorisant même la coupe du premier de la classe. derrière, on découvre le groupe grimé, vieilli, (outre les cheveux, Bernie n'a pas été raté, soit dit en passant...). En
1980, c'était un groupe plus sec, déterminé qui était présenté, n'hésitant pas à poser avec des punks. Les temps changent et la roue du temps tourne également pour les musiciens, qui ont envie légitimement de toucher un large public, même si cela signifie se prostituer et tourner le dos à toute une frange de ses fans...
Parce que
Trust n'est plus
Trust, ce n'est plus le groupe de hard rock solide qui avait épaté les foules avec Répression,
Marche Ou Crève et IV. Là, la formation joue un rock énervé, quand elle le veut bien, avec des paroles qui n'arrivent même plus à avoir d'impact. A ce titre,
Chacun Sa Haine , le morceau d'ouverture, stigmatise grandement le changement d'orientation du groupe francilien qui peine à seulement donner envie d'écouter le reste. Les paroles ne veulent quasiment rien dire, Bernie Bonvoisin n'est plus Bernie, le type sauvage qui montrait les dents et qui prenait plaisir à remuer le couteau dans la plaie en se basant sur des faits de société. C'est vide, c'est creux.
Il faut attendre
Paris et son énorme clin d'oeil à
Gene Vincent pour que ça finisse par décoller un peu. Un bon petit rock'n'roll qui passe très bien, avec un final sympathique. Mais que le reste se traîne ! La guitare n'accroche plus l'oreille, un lien se casse. Définitivement.
Trust ne sera plus jamais le même après ça. Et surtout, il y a ce synthé étrange, qui donne l'impression que les musiciens se sont basés sur le succès de
Jean Jacques Goldman pour certains titres (
Serre Les Poings en est un exemple flagrant, mené par un clavier qui vieillit aussi mal que la politique de George W. Bush...).
Et
Trust se retrouve du coup dans le creux de la vague, incapable de mener à bien l'intégralité de son album. Avec ses gimmicks et ses raccourcis, Rock'n'Roll sombre dans l'ennuie alors qu'il n'est pas facile. La facilité aurait été de refaire toujours le même disque. mais ici, les idées sont mal agencées, l'envie ne semble même plus être au rendez-vous... Et Rock'n'Roll est terriblement fade, vidé de toute substance. parfois, la solution de facilité est bien plus intéressante en définitive...
Le split était logique. Il est juste navrant qu'il intervienne après cet album vide de sens et que les reformations successives ne seront que des pantomimes infâmes de ce que fut
Trust, sans génie, sans envie autre que celle de l'argent. Le groupe reste une légende du hard rock français, mais dans ce cas, pour ne pas la ternir, il convient juste d'écouter les quatre premiers albums. Le reste est juste complètement dispensable. A commencer par ce Rock'n'Roll qui n'a de rock'n'roll que le nom, justement. Triste fin pour un combo aussi prometteur...