La plupart d’entre nous aimons bien coller des étiquettes sur ce que l’on consomme. Que ce soit la bouffe au supermarché estampillée « Bio » et autres labels de qualité aussi surfaits que discutables, il en va de même pour les disques. Aussi avons-nous droit – surtout dans notre style de prédilection - à une pléthore de catégories, d’étiquettes et de sous-genres fait pour nous y retrouver.
C’est que le métalleux aime la diversité.
Si classer a du bon, on n’échappera pas à l’effet indésirable de la catégorisation à outrance qui amène irrémédiablement à la naissance des préjugés. Et oui, le métalleux - comme tout être humain - est méfiant. Aussi une partie d’entre nous suivent à la lettre le mode d’emploi des magazines et évitent ainsi toute mauvaise surprise quand à la provenance du son qu’ils donnent à leurs oreilles qui, pour le coup, se retrouvent plus souvent rassasiées que surprises.
Et puis parfois, le hasard fait bien les choses (qui a parler de la tournée européenne de
Rammstein ?) et vous trouvez quelques allumés pour vous pondre des albums que l’on qualifiera de « passerelle », qui bousculent les genres et vous donnent cette petite claque salutaire qui va foutre en l’air les limites et les barrières que l’on avait jusque là si soigneusement respecté pour éviter tout désagrément sonore.
Combichrist fait partie de ces groupes « fouteur de merde » et nous démontrent – comme le fit Prodigy dans les années 90 - qu’on peut faire de la grosse Techno en étant furieusement rock.
S'il y a longtemps maintenant que les groupes de rock mélangent les éléments électro à leur son de base, notez bien que vous ne trouverez pas une once de guitare électrique dans la musique des norvégiens et pourtant la vibration qu’elle porte est diablement métallique : grooves dévastateurs, chansons puissantes, chant typé Hardcore/Métal et énergie sauvage aptes à fédérer sous une même bannière les fans de métal et les clubeurs les plus exigeants.
Combichrist ou comment faire headbanguer les habitués des grosses distorsions et se faire déhancher les amateurs de rave party….
Sorti au début de l’année 2009, «
Today We Are All Demons », dernier méfait en date du groupe mené par Andy LaPlegua, c’est 14 morceaux de pure tuerie pour une grosse heure d’orgie synthétique.
« All
Pain is Gone » ouvre les hostilités et nous donne un premier aperçu du son
Combichrist. Loin d’être le meilleur morceau de l’album, ses boucles Techno et son refrain accrocheur sont une bonne entrée en matière. Mais le meilleur reste à suivre.
Amateur de sensation fortes, ne passez pas à côté d’un « Can't Change the Beat » au rythme entêtant, d’un « Scarred » hypnotique, d’un « Send Us To Destroy » et « Spit » surpuissants ou bien encore d’un «
Today We Are All Demons » plus calme mais ô combien inquiétant. Si tous ces morceaux différent sur bien des plans (tempo, inspiration tantôt plus métal, tantôt plus électro), ils sont une vraie démonstration : les norvégiens se déjouent des styles et offrent à l’auditeur – pour peu qu’il soit réceptif à leur musique - un éventail plutôt impressionnant de leur maitrise du gros son qui tache et de la mélodie efficace.
Si l’univers de
Combichrist tient la route malgré quelques chansons un ton en dessous (« The Kill V2 » et « At the
End of It All » un peu fadasse), on pourra leur reprocher d’avoir un peu de mal à se démarquer complètement des monstres de l’électro-indus que sont Prodigy (« New Form of Silence » excellente mais déjà entendu) et
Nine Inch Nails (le morceau «
Today We Are All Demons », sa ligne de chant, son rythme mid-tempo et son piano pourrait sans problème se retrouver sur un album du grand Trent Reznor).
Un autre élément pourrait perturber ceux qui manqueraient d'affinité avec la vibration techno, ce sont les expérimentations sonores de
Combichrist. Certains titres ont un côté ultra minimaliste – mais toujours gras - qui ravira plus les amateurs de son « Berlin Old Scool » que les fans de Marylin Manson (excellentissime « Get Out of My
Head »).
Si l’absence de guitare et les sons acidulés ne vous font pas peur, «
Today We Are All Demons » est un album qui vous mettra la patate et vous fera passer un bon moment.
De notre côté, nous ne pourrons que nous incliner devant un groupe qui tient la route et réussit le pari osé et finalement assez rare de mélanger avec brio la vibration métal et une musique, hormis la voix puissante d’Andy LaPlegua, 100% synthétique.
Pour ceux qui ne jurent que par le métal 100% analogique et qui pourraient se sentir flouer par ce mélange des genres, nous leur rappellerons la célèbre phrase de Dizzy Gillespie, qui sonne comme une évidence : « La musique il n’y en a que deux sortes : la bonne et la mauvaise ».
Et
Combichrist, y a pas à chier, c’est vraiment de la bonne came….