Dans la mythologie du hard rock et du heavy metal,
Blue Öyster Cult est clairement un des groupes parmi les plus fantasques, les plus intéressant de leur génération, avec si l'on veut, deux carrières bien distinctes. La première est morte comme un rot qui n'a jamais pu sortir de la bouche, en pleine nuit, avec l'album Mirrors, qui marque pathétiquement la fin des années 70, dans une espèce d'ambiance Beach Boyesque un peu beauf malgré une certaine aridité des guitares. Un disque qui n'a de Cult que le nom du groupe et qui fait tâche après une série de disques qui arrivaient tous à tirer leur épingle du jeu. Mirrors, clairement non. Encore un groupe génial destiné à devenir has been, youhou...
Puis demandez à l'équipe de France de football. Les miracles existent (3-0 contre le Brésil avec Guivarch sur la feuille de match, c'est un miracle) et
Blue Öyster Cult va se sortir de ses miasmes popesques sans faire escale à Lourdes (ou alors
Eric Bloom s'est perdu en moto et il aurait des tas de choses à raconter). Il faut aussi convenir que
1980 est en grande partie une excellente années d'un point de vue metal et que cela aurait été un énorme gâchis si un combo aussi talentueux n'avait su tirer son épingle du jeu.
En tout cas, celui qui leur enlève une sacré épine du pied, c'est
Martin Birch, futur producteur émérite de
Iron Maiden, à qui l'on devait déjà quelques pépites de
Deep Purple comme le somptueux
Machine Head. Ce dernier va réussir à doper le son des guitares de BÖC d'une manière affolante et à faire ressortir avec brio tous les instruments, poussant les musiciens à toutes les excentricités. On sentait que la formation était devenue frileuse avec les changements stylistiques qui ont marqué le monde musical dans la seconde moitié des années 70 (punk, reggae, pop rock, rockabilly, disco...), un peu paumée face à des nouveaux groupes qui se taillaient la part du lion avec une musique plus froide, plus directe, où proche de la folie furieuse. Ici, elle revient aux affaires en costume rayé, les cheveux gominés et le cigare en bouche. Celui qui dit que c'est naze se fera perforé à coup de Thompson. Yeah, rock'n'roll baby !
L'écrivain Michael Moorcock est toujours de la partie. Crédité pour le premier titre, l'énorme
Black Blade. Quand on évoque un son de guitare dopé, il faut absolument comparer ce morceau à un autre, également introductif :
Career Of Evil. Les différences sont flagrantes. Là où la seconde fait dans une espèce de faux calme oppressant, la première a une approche typiquement heavy metal, un riff foudroyant, une lourdeur agressive, un rythme machiavélique, qui voit un groupe se faire plaisir musicalement parlant. L'idée est que ça doit fuser. Et ça fuse. Dans tous les sens. On assiste au combat entre Elric et Stormbringer, entre Erekosë et l'addiction à sa lame noire empoisonnée... Bloom chante comme s'il était possédé, d'une façon presque pathétique. Et c'est le ton qu'il faut pour incarner de tels personnages, il est entièrement dans le trip et il nous fait vivre l'un des plus grands moment de heavy metal de tous les temps. Au passage, il enterre tout Mirrors et la moitié de Spectres...
Là où l'on pensait que le coup de génie est passé,
Albert Bouchard vient nous en proposer un autre. Deux comme ça. L'un après l'autre. De quoi devenir fou et courir en rond dans son salon en se tenant la tête à deux mains.
Monster, c'est de l'avant-gardisme pour l'époque. Imaginez un riff d'une simplicité monstrueuse, sérieusement plombé par une batterie énorme, disloqué entre des intermèdes groovy et d'autres littéralement jazzy, fous de saxophone, bariolés, qui laisse venir gentiment un final à décrocher le papier peint des murs. Une réussite totale. Rien qu'avec les deux premiers morceaux,
Blue Öyster Cult pourrait prétendre avoir fait un bon disque.
Mais voilà !
Cultösaurus Erectus n'est pas un bon disque. Il est excellent. Légendaire même. Chaque titre mériterait que l'on s'arrête dessus. Chaque morceau est une pépite en puissance. On retrouve le
Blue Öyster Cult qui nous a fait rêver entre 1972 et 1977, où les frontières musicales n'étaient pas une limite pour les musiciens, où le côté extra-terrestre de leur oeuvre les rendait tout simplement insaisissables. Prenons par exemple
The Marshall Plan. Une espèce de fux live complètement délirant, où au détour d'un break on peut reconnaître le riff aigrelet de
Smoke On The Water joué de façon dissonante, très bas. Clin d'oeil de Birch à ses anciens protégés ? On ne peut pas passer à côté de
Fallen Angel où la dramatique se forge dans un mur de son presque insensé, une folie dévastatrice qui ronge l'immobilisme des plus indifférents de tous. Ou encore le dément
Lips In The Hills, complètement surréaliste à l'instar de cette pochette que tout le monde jugera laide au premier coup d'oeil mais qui fait partie intégrante du charme de ce disque hors du commun.
Cultösaurus Erectus, c'est un miracle. Une résurrection. Lazare qui revient des morts. Un batarang balancé à la tronche du Joker. Un tir de Robin des Bois dans les miches. Le disque que les fans n'attendaient plus et que les rock critics ne voulaient pas entendre. Une des pierre angulaire du genre, du heavy metal à l'américaine joué sur un son chaud bien britannique. La combinaison ultime. Et le plus drôle, c'est qu'ils feront encore mieux sur le prochain opus. Ces mecs sont définitivement des extra-terrestres.