Quand
Amorphis publie ce
Tales From The Thousand Lakes, il est encore un petit groupe, qui s'est juste fait remarquer avec son premier opus,
The Karelian Isthmus. Personne ne peut alors présager ce que va nous infliger le groupe sur ce disque, une correction tout en douceur, mais qui s'imprime profondément dans les chairs et qui reste gravée dans les esprits de ceux qui y ont goûté.
Servi par une pochette gentiment naïve mais aux couleurs somptueuses, avec cette dominance de bleu nuit,
Amorphis nous convie à un voyage initiatique dans les contrées nordiques, plus précisément leur Finlande natale. Les musiciens ont décidé de prendre un risque à la mesure de leur ambition, en puisant leur inspiration dans le célèbre Kalevala, l'épopée nationale finlandaise composée au XIXème siècle par Elias Lönnrot. Du coup, pour répondre au contenu émotionnel des textes somptueux présentés là,
Amorphis repense sa musique.
Plutôt que répéter la brutalité du premier album, le groupe ralentit considérablement ses compositions et donne une place privilégiée à la mélodie. Ainsi, c'est un piano à la mélancolie poignante qui accueille l'auditeur sur la longue introduction de ce disque. Une invitation dans les plaines du grand nord, au milieu des lacs gelés par la rigueur de l'hiver. La guitare est bien là, en embuscade, mais son phrasé est subtil, sans agressivité. Et toujours, sous-jacente, la même mélancolie. Le chant est resté death, mais déjà on sent une envie de progresser avec l'utilisation de voix claires. Désastreuses pour la plupart, elles apportent néanmoins un contraste qui ne demande qu'à être mieux exploité.
Les compositions se succèdent, doucement folk avec leur clavier qui s'immisce délicatement dans l'ensemble. La musique est imprévisible. On peut trouver des compositions à riffs, d'autres teintées d'une certaine forme de psychédélisme. Mais ce que l'on retient surtout, ce sont les mélodies. Il est difficile de ne pas succomber à des titres comme
The Castaway, somptueux et enivrant, ou plus encore au chef-d'oeuvre
Black Winter Day où la délicatesse le dispute à la force. L'opposition du chant death et des choeurs aériens prend une tournure onirique inattendue. L'album n'en devient que plus planant, riche et réussi.
Se plonger dans ce
Tales From The Thousand Lakes est passionnant. La brutalité a laissé place à une recherche mélodique raffinée, aux guitares expressives et habitées. Il suffit de fermer les yeux pour être projeté dans un univers épique, héroïque, étrangement nostalgique et féérique dans le même mouvement. Les défauts sont rares. Excepté un chant clair qui n'est pas à la hauteur,
Amorphis a tissé une toile de fond solide. Les musiciens l'ont peinte de la plus belle des façons.
Oubliez vos références et plongez-vous dans ce
Tales From The Thousand Lakes, le premier chef d'oeuvre d'un groupe qui peine toujours à obtenir toute l'attention qu'il mérite. Amateurs de death mélodique, ne boudez pas cet album magnifique ! Adorateurs des sagas nordiques, daignez poser une oreille sur cet oeuvre ! Votre vie n'en sera peut-être pas changée, mais malgré la mélancolie propre à ces contrées du grand froid, vous en ressortirez heureux. Et c'est en cela que réside le pouvoir de la musique.